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A quoi sert le travail?




A quoi sert le travail?
Philippe Zarifian

La question du travail reste traitée par le croisement de 2 approches:
-1 approche structurelle raisonnant en terme de division du travail, de coordination, de contrôle, le travail est réduit à une fonction ou à un ensemble de tâches, empreintes de prescription, de reproduction et de performances
-1 approche stratégique raisonnant en termes de domination, exploitation, soumission.
>Dans un cas une vision fonctionnelle et dans l'autre une vision en termes de rapport de force.
Le croisement de ces 2 approches réduit le travailleur à un automate, toujours situé en situation de réaction.
            Zarifian propose une autre vision mettant l'accent sur le pouvoir d'action, la capacité à donner du sens et l'engagement de la subjectivité. Le travail est d'abord exercice concret de la puissance de pensée et d'actions des I, tout à la fois dans leur singularité et dans leur interdépendance. L'exercice d'une activité professionnelle est toujours traversée par des échanges de connaissances, de point de vue, d'expériences. Le travail est avant tout invention avant d'être imitation et reproduction. L'importance de l'invention ne peux être pleinement comprise que si l'on fait intervenir le concept d'événement: travailler c'est s'affronter à des situations qui comportent du surprenant, de l'imprévu qui oblige à inventer, à initier une pensée et une action, en deçà de toutes les tentatives permanentes de standardisation et rationalisation.
>envisager le travail en partant des effets utiles anticipés.
L'aliénation ne consiste pas à s'affronter à de l'hétéronomie, à ce qui nous est étranger. Elle surgit par perte de sens, enfermement dans une routine dont on ne voit plus ce qu'elle apporte au vivre commun.
            L'approche du travail fait se confronter 2 approches différentes du temps:
-le temps spatialisé qui domine et impose la discipline et la force de son calcul (la vitesse, le débit, le délai, le rendement, les horaires).
-le temps devenir: le temps du présent en tension permanente entre la mémoire et l'expérience du passé et l'anticipation de l'advenir.
Considérer le travail non comme libérateur en soi, mais comme source d'émancipation, grâce à la prise de parti et d'action concrète sur la vie sociale.

         1AQµ
Pour Deleuze, les contrôles ne sont plus des moules mais des modulations, qui peuvent changer continûment, d'un instant et d'un lieu à l'autre. Tout bouge, se module et se remodule en permanence, autant le contenu du travail que les objectifs ou les acquis cognitifs de l'I.
L'engagement devient à le fois ce qui est au centre d'un contrôle de domination, et ce qui est source des dispositions d'émancipation.
2.Le réaménagement des rapprots de domination:
Pas substitution simple et pure des sociétés de contrôle au sociétés disciplinaires, mais poussée des 1ière au sein des 2ième avec des effets de tensions, de fractures, d'éclatement, mais non de substitution. Les dispositif disciplinaires de types tayloriens perdurent (discipliarisation des opérations de contrôles, contrôle direct du temps, de la présence du salarié, des mouvements du corps). Mais la technologie informatique apporte du nouveau, non sur la visée mais sur les moyens:
-contrôle de chaque acte de travail et de sa durée, grâce à la précision des relevés d'informations)
-le salarié lui même déclenche les opérations de contrôle.
-engendre pour la direction une économie de personnel de contrôle.
-l'informatique offre l'occasion de développer un pouvoir disciplinaire qui porte à la fois sur chaque I et sur des ensembles de population.
On assiste donc à un affinement considérable de la disciplinarisation. Apparaît un nouveau contrôle: celui d'engagement:
-modulation de l'usage du temps: grâce à l'informatique, le travail peut s'affranchir des horaires légaux et peut devenir modulable (variation de son effectivité et de son intensité).
-modulation dans l'espace grâce au TIC>élargit l'espace des lieux où on peut travailler.
-la modulation de l'engagement subjectif. C'est le salarié qui va déclencher sa propre activité de travail et moduler les moments où il le fait. Mais ça demande un engagement fort de sa part: il doit se forcer lui-même à le faire.
L'I semble plus libre mais il doit rendre des comptes sur ses résultats et les objectifs qui lui sont assignés peuvent être rapidement actualisés. L'I circule à l'air libre mais un faisceau le retient et l'oriente en même temps: le faisceau des transmissions d'informations et de communications maintient un enferment disciplinaire et contrôle d'engagement.
D'un côté, l'agonie des dispositifs disciplinaires a en partie pour origine une évolution profonde de l'individualité moderne, qui rend de plus en plus difficile l'imposition d'ordres pures et simples. De l'autre, la négociation fait intrinsèquement partie de la modulation. Elle autorise une renégociation permanente.
3.La redéfinition des rapports d'émancipation:
Les mêmes technologies peuvent être conçues et utilisées selon une face émancipatrice.
-comme outil de travail, l'ordinateur ou le terminal offre un accès à des bases d'information et à la source de constitution des connaissances qui élargit les capacités et la pertinence professionnelle du travail.
Relation entre information et connaissances: les outils informatiques en réseau ne fournissent que des informations. Elles deviennent connaissance quand elles sont intégrées dans une problématisation et une interprétation du réel, cad quand elles fournissent réponse à une interrogation problématique sur un fait ou un évènement qui sollicite l'intelligence et la mémoire de l'I.
-les facultés de modulation peuvent être elles-mêmes réinterprétées selon une face émancipatrice. Elles peuvent être perçues comme facteur d'émancipation vis-à-vis de la discipline salariale classique. Elles donnent à l'I un pouvoir d'auto-organisation de son temps et de son espace.
-Des communications authentiques en réseau se développent > combinaison d'échanges à distance + avancée dans la compréhension réciproque (accroît la puissance de pensée et d'action des sujets).
Mais tous les facteurs relatifs à un rapport d'émancipation supposent un engagement subjectif fort.
4.Les tensions entre rapport de domination et d'émancipation:
Foucault: le pouvoir s'exerce par action sur l'action d'autrui.. Y a rapport de domination que quand l'exercice réciproque du pouvoir est structuré sur un mode inégalitaire permettant de dominer l'autre. Y a domination quand un I ou un groupe social arrivent à bloquer un champs de relations de pouvoir, à les rendre immobiles et fixes et à empêcher toute réversibilité du mouvement
Modulation (flexibilité) et faisceau (réseau) introduisent une domination distancée. Assujetissement forcé (au sens d'une force qui s'exerce sur celle  du salarié de manière inégalitaire). Mais il y a liberté dans l'exercice de la puissance de penser, d'agir et de coopérer. Non seulement les sujets sont demandeurs d'initiatives mais ils les exercent.

IILe temps de travail:
Comment le temps pénètre le travail et comment le travail pénètre le temps? Intériorité réciproque.
1. conceptions différentes du temps:
1.Le temps spatialisé:
Pour Norbert Elias, c'est un symbole social qui a acquis une place inédite dans nos société moderne, dans lesquelles s'exerce une formidable auto-discipline du temps.
Pour Aristote, le mouvement est la mesure du temps, le  temps est la mesure du mouvement.
Le temps est socialement défini comme un rapport entre deux mouvements:
-un mouvement repère très précis, régulier, mécanique te neutre.
-l'ensemble des autres mouvements possibles, hétérogènes, discontinus, événementiels.
Ce temps fonctionnellement spatialisé sert à:
-mesurer, quantifier.
-réguler les interactions: coordonner des processus qualitativement hétérogènes par leur rencontre temporelle.
-orienter la société et nous orienter en son sein en permettant la prévision.
2.Le temps devenir:
Pour Bergson c'est une toute autre perspective du temps: celui des mutations et de leurs imbrications. Ce temps est qualitatif: il parle toujours d'une transformation. Ce présent n'a de sens que tendu entre passé et futur dans le flux des mutations.
Il n'existe pas un devenir mais des devenir, qui peuvent s'imbriquer, se transformer réciproquement, mais non se confondre. le concept ce devenir n'a rien à voir avec celui d'avenir qui est une notion prisonnière du temps spatialisé.
2.Les deux conception du temps:
1.La discipline du temps spatialisé:
La discipline du temps spatialisé se forme d'abord sur fond d'autodiscipline. Mais en retour, la discipline du temps industriel renforce et généralise l'autodiscipline du temps, en faisant du temps de travail un temps pivot de toute l'activité sociale.
Unité théâtrale du travail industriel: discipline des horaires d'usine (temps), fixation à un poste (espace), enchaînement des postes et coprésence des ouvriers au sein d'un même processus (action). Pénétration du temps spatialisé dans la structuration interne du travail industriel.: soumission des actes de travail au calcul du temps. Définition taylorienne des tâches en fonction du chronomètrage de chaque séquence de gestes ouvriers. Mais cela vise à résoudre également un double problème: comment réduire des travaux qualitativement hétérogènes et différenciés à une même mesure temporelle? Comment régler au sein de cette mesure temporelle le rapport capital-travail et y inscrire le temps économique comme base de la production du survaleur? >il suffit de rapporter ces travaux hétérogènes à un même "minutage", et de faire de cette dépense de temps le référent central de la valeur économique marchande des biens produits et échangés. C'est le concept de "valeur-travail".
Le temps pénètre dans les gestes et mouvements ouvriers, au point qu'à l'ouvrier échappe la définition du mouvement de son propre corps. L'organisation taylorienne du travail détruit les individualités. Mais cette forme taylorienne, bien que toujours présente, entre en crise: la discipline directe tend à se déplacer vers une nouvelle notion, celle du délai. la pression se situe moins sur les gestes ou leur équivalent que sur les butées temporelles qui les entourent. On peut introduire dans ce contrôle, des activités intellectuelles qu'il était très difficiles de pénétrer temporellement. On peut fixer un délai à ce type d'activités. Mais c'est toujours le même concept de temps qui est sollicité: l'outil de calcul est le même, bien que son point d'application se déplace.
2.Le temps devenir comme source d'un nouveau regard sur le travail:
 le travail concret = conduire un devenir, en mobilisant l'expérience passée et en anticipant l'advenir. > Mobilisation de la mémoire (de l'expérience), affrontement à des événements, micro-choix et micro-initiative que le travailleur prend "à tout instant" pour guider ces actes, orientation vers le futur sous forme de l'anticipation réfléchie de l'advenir. Le rythme doit être réglé sur la priorité donnée au soin que les travailleurs mettent à réaliser leur travail.
Au moment de l'instant évanescent, toujours passé et à venir qu'est le surgissement d'événement, deux mouvements sont en jeu:
-La remontée vers le virtuel: du virtuel s'actualise, mais l'intelligence de ce virtuel pousse à remonter son cours. L'I remonte le cours du temps en faisant appel à son expérience et à sa mémoire. Derrière la mutation se manifeste le passé que l'on remobilise au moment où on doit décider ou agir.
-La descente vers le futur, vers les possibles ouverts par l'actualisation de l'événement, anticipation de l'advenir. Cette conception de la liberté s'éloigne radicalement du mythe du "libre choix": nous choisissons toujours en fonctions de déterminations, celles du passé et de sa mémorisation.
3.Conclusion:
Le temps spatialisé comme le temps devenir s'imposent. Ce sont tous deux des productions sociales effectives répondant à des problèmes différents. Mais on constate un déséquilibre entre les deux: le temps spatialisé, dans lequel se coule le calcul économique, est ultra dominant.
Le temps spatialisé est un temps abstrait, éthique, quantifié, qui s'impose du dehors au travail et pénètre parfois le moindre des geste et des pensées. Le temps devenir s'exprime de manière inverse: il représente une pénétration du travail dans le temps marqué par des transformations qualitatives, des visées de sens et des partis pris éthiques. Temps singulier propre à l'I.
Tension entre ces deux perspective du temps. Le temps spatialisé permet d'économiser du temps et des ressources, d'organiser. Mais le temps devenir semble plus essentielle: il pourrait promouvoir un nouveau symbole social: le pouvoir de faire advenir, les évaluations que l'on peut faire de sa force et de sa valeur, de la validité de son exercice. C'est aussi à travers lui que le travail peut reprendre son sens en particulier quand il devient service, quand il est orienté dans la perspective de l'action réciproque entre producteur et destinataire.
Triple relation:
-la relation au destinataire des produits ou services que l'on réalise (la client, l'usager, le public)
-la relation à soi, le sens qu'on accorde à sa propre vie
-la relation aux collègues de travail.
L'I doit être réintégré au sein de communautés d'action.
III.La puissance de la coopération dans la production du service:
La production du service met en jeu deux rapports sociaux: le rapport économique capitaliste et le rapport producteurs-usagers.
1.La variation de puissance engagée dans la sphère du mode de vie;
Le service = l'importance qu'un usager accorde à la transformation potentielle de ses conditions d'activité et de sa puissance de pensée et d'action. La production du service est variation d'une puissance, mais engagée dans la sphère du mode de vie. En même temps, puisqu'il y a transformation,  la production du service se trouve d'entrée de jeu engagée dans le temps devenir
Le service prendra une signification sociale du point de vue des circulations d'opinions qui vont se former autour de sa pertinence (et de son utilité ou de son éthique). + processus de singularisation propre à chaque I 'engagement permanent de son devenir + puissance de pensée et d'action sur lequel il peut s'appuyer).
Le service introduit une variation de puissance par les transformations qu'il apporte dans les possibilités d'action. Mais on ne peut préjuger du sens de cette variation. Fortes mobilité des usages. L'essentiel est l'accroissement de la puissance.
2.La puissance engagée du côté des producteurs de service:
Les producteurs ont une position différente par rapport au service, même si l'enjeu final est identique (contribuer à une variation de puissance des usagers) la production de service, dés lors qu'elle se déploie de l'intérieur du rapport économique capitaliste, est soumise à des évaluations monétaires. Effort du producteur salarié pour prendre distance vis-à-vis de ces soumissions. Par ailleurs, le salarié n'agit jamais seul: l'engendrement du service suppose toute un chaîne de coopération qui va entrer dans les profondeurs de l'entreprise productrice.
Conclusion:
-du côté des usagers ce qui est en jeu est une variation de puissance de nature éthique. Cette variation engage chaque être singulier, mais dans le rapport qu'il noue avec les autres au sein de la sphère du mode de vivre. C'est une variation de puissance de nature coopératrice.
-du côté des producteurs, la puissance est orientée vers le succès de la réalisation du service, dans toute la trajectoire qui va de son existence virtuelle à son actualisation (qui ne prend pleinement effet que dans la sphère de l'usager. Cette puissance n'est pas purement pratique ou pragmatique, elles est également éthique mais sous un autre jour: elle est éthique dans la responsabilité que les producteurs prennent de proposer et présenter ce service en terme d'usage social potentiel.
Dans les secteurs comme le transport, la médecine, l'agroalimentaire: responsabilité du producteur au sein du rapport social. Tout exercice d'une puissance tombe toujours sur une évaluation éthique.
Entre rendre un vrai service et "placer à tout prix", on mesure la tension, l'opposition, pour un vendeur par exemple.
III.Monade, sujet et acteur: un autre regard sur le travail:
Nous sortons de la société disciplinaire industrialiste marquée par l'unité théâtrale du travail (unité de lieu, temps, action).
1.Sur l'unité théâtrale de la grande industrie:
-Unité de lieu: concentration des ouvriers dans de grands ateliers selon un quadrillage précis
-Unité de temps: imposition de la discipline des horaires collectifs
-unité d'action: enchaînement des opérations aux postes de travail, action rythmée selon une cadence déterminée et évaluée sue un débit.
Le poste de travail est référent centrale de cette unité théâtrale de la société disciplinaire. Le poste de travail n'est pas d'abord un lieu physique mais une construction technico-économique et politique. Le poste c'est l'instance de contrôle politique et de disciplinarisation du corps (les mouvements et les temps).>On ne peut pas modifier les espaces de travail sans modifier les concepts technico-économiques et politiques qui les sous-tendent.
Si le modèle de l'unité théâtrale éclate aujourd'hui, cela apparaît comme un retour en arrière vers l'ère pré-industrielle. Mais l'éternel retour n'est pas retour de l'identique.
2.Sur l'éclatement de l'unité d'action:
Eclatement des horaires collectifs et des lieux de travail.
+ éclatement de l'unité d'action: l'activité devient d'un côté plus individuelle et de l'autre plus collective ce qui pose des questions inhabituelles à l'organisation du travail et à l'amélioration de l'espace.
-+ individuelle: la relation de l'I à son activité tend à devenir une monade, une totalité en soi. Engagement de la subjectivité individuelle (activité porteuse de subjectivation). Activité plus solitaire aussi marqué par l'initiative et la responsabilité.
-+ collective: la monade est doublement ouverte: de l'intérieur vers l'extérieur. La monade condense des enjeux qui l'englobent des enjeux de rapports sociaux. L'univers social pénètre la monade de l'intérieur, sans en annuler la singularité. C'est au contraire dans cette singularité que cet univers global prend son sens et sa portée. Là se situe le paradoxe pour Leibniz: interpénétration de deux globalités: une monade dans un univers qui est présent dans son intériorité.
-C'est un croisement d'ouvertures internes vers l'extérieur, un échange de monades à monades.
Nombre d'entreprises agissent à l'inverse de cette mutation car elles restent calées sue le modèle disciplinaire.
3.Les trois grands moments dans l'activité des I et la question de l'espace de travail:
-Un moment de concentration individuelle, solitaire, seul face à l'engagement de son action et à la responsabilité qu'il prend.
-Un moment d'échanges extensifs d'informations au sein de l'équipe ou du réseau, permis par les TIC: la coprésence physique n'est + nécessaire, les accordements temporels ne sont plus nécessaires, ce qui autorise l'éclatement des horaires.
-Un moment d'échanges intensifs de sens au sein des relations intersubjectives: confrontation, échange de sens supposant la formulation d'une compréhension réciproque sur les visées de l'action. Le vrai problème est d'organiser la cohérence et la convergence, la dépendance de ces trois temps et donc de la penser.
V.Voies alternatives pour la productivité du travail:
1.la productivité du travail face à l'événement:
L'événement (comme une panne) interrompt le temps de référence dominant , brisure dans le temps linéaire, ce qui est problématique par rapport à la vision dominante de la productivité.
Le temps est parcouru en pensée avec l'aide de la mémoire (connaissances et expériences professionnelles mémorisées et leur projection sur l'événement) dans les 2 sens à la fois: vers le passé et le futur. Intelligence humaine: faculté de pouvoir remonter et redescendre, par la pensée, le cours du temps, de solliciter mémoire et anticipation. L'événement n'arrête pas le devenir mais il ouvre à son interrogation. L'événement ouvre au sens du travail. Rapport que les êtres humains peuvent établir entre le monde des significations socialement établies et le cours surprenant et singulier du réel. Objectivation du sens, travailler c'est objectiver du sens. Le devenir parle d'un passage, jamais d'un état. Le temps nécessaire pour mener à bien l'affrontement à l'événement ne peut être prescris. Mais le temps est limité. Tension entre le temps spatialisé et le temps devenir. Mais on assiste à un renversement: le temps réellement productif est le temps devenir. Le temps devenir est qualitatif avant d'être quantitaif. Ce n'est pas le temps d'un simple écoulement temporel, c'est le temps d'une double transformation: celle de l'état des choses et celle des I engagés dans la relation sociale.
2.Position sur la productivité du travail:
1.L'exprimé: les effets utiles:
"Effets utiles"=ce que Marx appelle "valeur d'usage". C'est un vrai travail que de faire émerger les effets qu'il faut produire, donc les problèmes et enjeux qu'il faut traiter dans les situations concrètes. Cette formulation est essentiellement langagière: il s'agit d'anticiper, dans et grâce aux ressources du langage et de la langue, grâce à la communication et à des formalisations préventives du réel imaginé ce qu'est le problème et les enjeux et quels effets utiles, on anticipe de produire. Cette formulation se fait entièrement dans le champs du virtuel ("marketing stratégique").
Ce qui est en jeu n'est pas la formulation d'une démarche de rationalisation mais la mise à jour anticipée d'effets utiles qui place l'attendu social en amont de toute recherche d'efficacité.
2.L'exprimant: de la puissance en puissance à la puissance en acte:
Faut remettre en cause le paradigme classique associant division du travail et coordination des fonctions spécialisées, paradigme typiquement spatial. 2 hypothèses:
-importance du lien à établir entre le développement de la "puissance en puissance" au sein du virtuel et celui de la "puissance en acte" au sein de l'actuel.
Une chose est de proposer une solution, une autre de la définir concrètement, de la mettre au point.
L'activation de cette puissance en puissance met en jeu la mémoire individuelle et collective (connaissances et expériences) sur des événements futurs.
Cette puissance en puissance n'est toutefois rien en elle-même. Elle ne prend sa portée que quand elle glisse vers la puissance en acte, quand il faut actualiser le virtuel. C'est une prise de risque car la réalité peut diverger de la réalité conçue dans le virtuel. Non seulement la divergence n'est pas à craindre, mais elle constitue une source essentielle d'apprentissage.
-Face à des situations complexes et inachevées (menacées d'événements), les coordination purement mécaniques et fonctionnelles échouent. La communication intercompréhensive permet de réaliser des accords partiels mais solides du fait de l'échange des savoirs professionnels et des échanges de points de vue et de perspectives.

3.L'expression: la synthèse de temps hétérogènes:
On assiste à une montée de la qualification et une hétérogénéité des temps qui entre en tension forte avec l'expression classique du comptage d'un temps homogène. Ces temps= temps de formation, temps de développement des innovations, d'élucidation des événements, de communication...
cela pose 4 questions:
-l'enfermement de ces temps dans un même temps spatialisé de calcul de la productivité est soumis à une logique de diminution qui devient contre-productif et destructeur. Le risque est de rabattre entièrement le travail sur du "débit", chasser les temps dits improductif (donc réduire le temps de formation, de dialogue, d'exploration des solutions, d'invention...) >destruction des ressources essentielles de la productivité moderne.
-Mais ces temps ne peuvent rester disjoints , il faut donc vérifier la complémentarité et la coaction de ces temps, la synthèse de l'hétérogène dans une forme adéquate. Le progrès de la productivité serait dans la synthèse réussie de ces temps hétérogènes. Ils doivent faire synthèse dans un même mouvement global.
-Ca ne veut pas dire que le temps spatialisé cesse d'être important, mais il se recale sur son rôle de base: fournir un cadre temporel homogène et socialement reconnu. Mais il ne joue que ce rôle de cadrage et de repère et n'intervient plus que dans les calculs de productivité.
4.Conclusion:
Emergence d'une autre manière de "prendre" la productivité du travail, en développant les implications du temps-devenir comme temps central de référence et en mettant au premier plan la démarche temporalisée de déploiement des compétences humaines et de leur faculté imaginative.
VI.Orrganisation apprenante et formes de l'expérience:
1.L'apparition du concept en France:
Ce concept s'est développé en trois temps:
-premièrement pour faire face à un problème de requalification des ouvriers faiblement qualifiés (OS). Les programmes de formation de type scolaire sont inadaptés et il a semblé préférable de partir du milieu qu'ils connaissaient et dans le quel ils avaient acquis une expérience et des savoirs: celui de l'organisation du travail.
-L'idée d'organisation apprenante va être étendue à une gamme plus large de salariés: tous ceux qui sont confrontés à des changements rapides de leur activités professionnelles et doivent faire évoluer leurs compétences en conséquence.
 -L'organisation apprenante va être associée aux mutations de fond qui affectent la relation du travailleur à son travail: réappropriation du travail par le travailleur, remise en cause de l'objectivation taylorienne, développement d'une vision sociale du travail comme expression pratique du pouvoir de subjectivation de l'I.
2.L'apprentissage par les événements:
Constat empirique: l'activité professionnelle est truffée d'événements (choses qui arrivent de manière non prévisible, surprenante, en excès par rapport à la situation dite "normale" et par rapport aux connaissances immédiatement disponibles). Puisque de toute façon les événements se produisent, essayons de les considérer de manière positive, comme une formidable occasion d'apprendre. Zarifian distingue 2 catégories d'événements:
-Les événements aléas, événements subis dont l'occurrence est involontaire.
-Les événements provoqués qui relèvent de projets qu'on cherche à faire aboutir mais qui comportent une dimension événementielle car marqués d'incertitude. Ces projets induisent de la nouveauté dont la prévisibilité sera toujours décalée par rapport à la réalisation effective.
1.Comment apprendre d'un événement aléa?
Premièrement, noter les caractéristiques immédiates de l'événement et de son contexte: prédiagnostic. Puis réunion pour travailler ensemble sur les causes de cet événement et établir un plan d'action pour y remédier en utilisant à la fois le caractère vivant des récits et des outils de raisonnement logique.
Enfin, effectuer un travail sur l'anticipation d'événements possibles futurs, exploiter des connexions possibles entre phénomènes proches.
2.Comment apprendre d'un événement provoqué?
Au lieu de partir d'une occurrence effective, on part d'une occurrence possible virtuelle stimulée par le langage: imaginer ce qui se produira. Ici, l'apprentissage se fait par la confrontation du possible imaginé avec l'effectif réalisé.
3.L'apprentissage par la communication:
Repose sur 2 idées banales:
-La compétence professionnelle est distribuée, répartie sur plusieurs I: aucun I ne peut détenir la totalité des savoirs nécessaires. D'où la travail en équipe, en réseau, travail coopératif.
-On apprend énormément d'autrui, par échange des savoirs.
Mais l'organisation ne deviendra véritablement apprenante que si l'on réunit les conditions de réussite d'une telle communication:
. Les gens n'échangeront que s'ils ont un enjeu commun, la communication doit pêtre tendu vers la recherche d'une entente.
. Il faut sue soit délimité un objet sur lequel centrer la communication et faire converger les échanges, il faut "parler de la même chose".
Mais l'encadrement d'entreprise sous-estime souvent les conditions de réussit de ces communications, en les réduisant à de simples "échanges d'informations".
4.Le renouvellement des formes de l'expérience professionnelle:
1.Le modèle de la routine:
Routines gestuelles ou intellectuelles. Limites de ce modèle:
-la routine repose sur une vision anti-événementielle, anti-inventive du monde (reproduction du passé + prévisibilité des actes de travail).
-La routine devient vite défensive. Quand la situation productive change réellement et rapidement, elle ne peut qu'engendrer une fragilisation des salariés.
-Il est très difficile de modifier une routine. Parce qu'elle a cessé d'être réfléchie, elle est incrustée dans les manières de faire. Peu malléable et fluide, elle nécessite de désapprendre, ce sui est plus difficile que d'apprendre.
2.Le modèle des règles de métier:
Les règles cadrent l'action professionnelle, d'avantage qu'elles ne devraient les prescrire en détail. Elles orientent les séquences d'action en vue d'un résultat attendu. On oublie trop sue la pointe avancée du modèle de métier est qu'au travers le respect des règles, l'I parvienne à exprimer l'apport de sa personnalité, en faisant œuvre originale. Le respect des règles tend à l'emporter sur la reconnaissance de l'originalité.
3.Le modèle virtuel de l'abduction:
La démarche exploratoire comporte trois éléments:
-Le raisonnement par abduction: jeter des hypothèses sur l'avenir et cheminer intellectuellement à partir d'elles. Faire des hypothèses, une imagination risquée du futur. Le cheminement consiste alors non pas à vérifier les hypothèses mais à construire une réalité virtuelle et un cheminement d'action à partir d'elle.
-L'expérience proprement dite, qui se construit dans le parcours d'actualisation du virtuel. >Expérience de l'expérience. On apprend par et sur l'organisation. L'organisation devient elle-même objet d'apprentissage.
-La posture exploratoire. On apprend en explorant les lignes du devenir et en modifiant sa conduite lorsque des lignes s'actualisent dans le présent.
4.Conclusion:
L'organisation apprenante = apprendre de l'instabilité et des mutations, devenir actif face à cette instabilité , apprendre à s'affronter positivement au devenir, et le faire ensemble, dans des démarches communicationnelles.
VII.Intellectualité pure et domination des femmes:
L'intellectualité pure est un référent majeur de l'exercice des rapports de domination, au croisement précis entre rapport salarial et rapports sociaux de sexe.
1.Le concept d'intellectualité pure et l'exclusion des femmes:
L'univers de l'intellectualité pure s'enracine dans la division sociale du travail entre travail intellectuel et manuel. Mais le travail manuel mobilise non seulement la subjectivité mais aussi l'intelligence de l'I.
Néanmoins, intelligence ne veut pas dire intellectualité et moins encore intellectualité pure. Le fait que l'intelligence soit mobilisée au sein du travail manuel n'infirme en rien une division social du travail entre travail intellectuel et manuel. Cette division continue mais elle a en partie changé de forme. Elle opère une division au sein même du travail vu comme intellectuel.
Lorsqu'une partie de l'activité de conception est réintégrée dans le travail, quand une autonomie est laissée à la définition des méthodes de travail en situation, on n'abandonne pas pour autant la division social du travail entre travail intellectuel et manuel. Elle prend simplement une autre configuration.
L'intellectualité pure = la construction sociale d'un univers où n'opèrent que des idées qui se prennent elles-mêmes pour objet. et qui se manifeste à l'état pure, cad coupé de tout  référence à la matérialité du monde.
Image des femmes selon laquelle elles seraient engluées dans la corporéité, dominées par les passions, soumises aux lois de la nature, écartées de la beauté du monde morale (prisonnière d'une conduite non morale cad instinstive), soumises au travaux de la reproduction, et donc placées hors du champs, intellectuel et pratique des grands universaux. >L'intellectualité pure est une forme de domination.
C'est au sein des rapports sociaux que cette position de domination s'est construite avant d'être asservie au rapports salariaux.
2.Logique et autonomie comme concepts de domination:
L'exercice de cette domination s'appuie sur un savoir très spécifique: la logique (exercice pur de l'intellectualité pure). L'autonomie est conjuguée à la détention de la raison pure.
Conclusion:
Caractère très pervers du culte de l'intellectualité pure. Il énonce qu'il est au dessus des passions, fiction que l'on puisse penser en dehors de tout affect. Fiction de l'existence d'un monde supra sensible.
VIII.Evénement et sens donné au travail: histoire d'un conflit social:
Il n'y a d'événement, socialement parlant que si l'occurrence apparaît aux yeux des acteurs qui s'y confrontent, que si l'événement est transformé en sens. Dans le cas contraire, il s'agit d'un accident.
XIX.La disparition du marché:
Diffusion d'une idéologie nous présentant le développement de la libre concurrence, cad du marché et de la concurrence, non seulement comme un bienfait lais comme une réalité.
Le nombre des protagonistes de la concurrence est réduit + cette concurrence n'a pas pour enjeu la conquête du marché + le marché est en train de disparaître.
1.L'enjeu de la lutte concurrentielle n'est pas le marché:
L'enjeu c'est la captation d'une clientèle, la constitution d'un "capital-clientèle", géré de manière monopolistique. Le capital clientèle est un territoire d'un nouveau type, car il est de – en – géographique, cela devient un territoire informationnel et communicationnel qui s'étend à une échelle mondiale. Capter cette clientèle par l'information et la communication, pour l'enfermer dans une zone d'accès privilégiée, dans une communauté de clients.
ce capital client a une double fonction économique:
-Les clients deviennent une ressource car ils participent à engendrer le produit ou le service par les infos qu'ils donnent sur eux-mêmes et sur leurs pratiques de consommation.
-Ces clients ont des acheteurs et participent à la constitution du capital.
2.Les modifications dans le modèle économique de rentabilité:
L'élément clé = d'avoir des flux de revenus réguliers, récurrents et croissants pour la firme, flux qui doivent avoir une dimension de masse. Tout en étant géré client par client.
3.La signification des modifications:
Les innovations deviennent de + en + des innovations de services, dont la technologie n'est que le support. L'innovation devient l'un des principaux moyens pour agrandir son territoire.
4.Vers l'économie de service:
Quel est le rapport entre disparition du marché et montée de l'économie de services?
Il faut renouer avec l'analyse de la force des clients. Si ils détiennent un pouvoir limité en matière de fixation des prix, ils ont un pouvoir important de sélection des firmes concurrentes à partir de l'évaluation  de la pertinence du service qui lui est offert.
Les clients deviennent des êtres politiques, capables  de former une opinion publique et d'agir sur la relation avec les entreprises offreuses.
S'affirme bel et bien une demande, mais ce n'est pas une demande ponctuelle, c'est une demande de mutation dans les manières de vivre.
Il faut néanmoins rester lucide sur le degré effectif de développement de cette économie de service. elle est encore faiblement reconnue et explicitée. La reconnaissance de ce statut de client-citoyen fait largement défaut.
Conclusion:
La référence au marché et à la libre concurrence devient un pur phénomène idéologique, au sens d'un mode de légitimation de stratégies qui emploient des notions non discutées, lesquelles s'imposent par le poids de leur simple évidence, phénomène qui bloque, bien d'avantage qu'il ne soutient, l'intelligence des mutations en cours.
X.Société de la connaissance, société des services:
La connaissance est porteuse d'ordre et de socialisation et elle peut partiellement  remplacer les règles (institution).
mais il y en réalité peu de connaissances et beaucoup d'information: données structurées qu'il faut encore parvenir à interpréter. La          plupart des infos n'ont qu'un intérêt fonctionnel.
Cette supposée société de la connaissance balaierait les sociétés disciplinaires et apporterait plus de liberté. Mais c'est un schéma qui nous laisse de + en + démunis, paumés, contraints, sans vraie liberté possible et on a plus rien à quoi s'opposer.
Les espaces temps sont contrôlés par des modulations et des faisceaux, et non plus par enferment disciplinaire.
La société est avant tout production d'un mythe moderne, elle aide à ne pas penser
Zarifian milite pour une théorie des rapports sociaux, pas une théorie de la société.
XI.Marx, les rapports sociaux et la question de l'émancipation:
Pour Marx, un rapport social est une confrontation socialisatrice. La socialisation est toujours à double face: à la fois production d'appartenance et engendrement de séparation. L'individualité sociale de chacun d'ente nous se produit dans ces incessantes et multiples confrontations.
L'insertion dans un rapport social déterminé (le rapport capital-travail) nécessite pour le comprendrez, de faire appel à l'enjeu qui le structure (l'appropriation du temps) et à la faculté de chacun à donner à cet enjeu un contenu et une perspective qui déplace l'affrontement. La confrontation est donc toujours à double face: confrontation entre (entre capital et travail) confrontation à (à la production sociale de l'existence, sur la ligne du temps). C'est l'affrontement à qui donne à l'insoumis sa véritable force, l'ouvre sur la voie de l'émancipation; l'autorise à formuler une perspective propre par rapport au production de l'existence.
Marx n'a que cette préoccupation de l'émancipation: éthique de l'émancipation et non de la liberté. Il ne s'agit pas d'aller vers la liberté, notion abstraite et creuse, il s'agit de produire de la liberté concrète, dans le mouvement d'émancipation.
Conclusion:
Le travail n'est pas autre chose que une des formes de l'activité humaine. Nous avons perdu de vue cette vérité élémentaire par l'invention de ces deux êtres bizarres et opposées que sont le travail objectivé (sous forme d'opération de travail et de flux d'opérations) et le travailleur (comme force réalisatrice de ces opérations) qui s'est produite au cours du XVIIIièime siècle. Aujourd'hui, ce modèle semble épuisé et on assiste à une sorte de retour en arrière: le travail revient dans le savoir et les dispositions de l'I dans sa compétence. Nous retrouvons des caractéristiques de base de l'activité paysanne ou artisanale. Mais ce n'est pas un simple retour à la période préindustrielle. Il existe une permanente fluidité et réciprocité entre producteur et usager public. Nous sommes tout à tour l'un et l'autre. Et le travail se valide dans sont utilité sociale.
Thèse: la puissance exercée par les individualités travaillant est première, elle fonde et détermine le pouvoir du capital. Cette puissance ne s'exprime pas nécessairement comme un pouvoir, cad comme une force sociale capable d'agir sur l'action des dominants. Paradoxe: les salariés développent une puissance d'invention supérieure mais dans des conditions d'éclatement et de désorganisation de leur pouvoir et donc de leur capacité à développer des luttes émancipatrices.
Un des défis majeurs de la prochaine période est de la faire émerger, s'exprimer, s'organiser, se rationaliser.



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