LES SCIENCES ET LEURS DIVERSES ESPÈCES 4 LES PROLÉGOMÈNES d'IBN Khaldoun

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# Sur la poésie contemporaine chez les Arabes (nomades) et les habitants des villes.
Les Perses et les Grecs eurent des poètes. — Aristote a fait l’éloge du poète grec Omîros (Homère). — Les Himyarites eurent aussi de grands poètes. — Le dialecte arabe de l’Orient diffère de celui de l’Occident, et surtout du dialecte parlé en Espagne. — La poésie existe chez tous les peuples. — Caractères de la poésie chez les Arabes modernes. — Les savants ont tort de dédaigner les poèmes en arabe vulgaire. — Nom­breux échantillons de la poésie en style vulgaire, surtout celle des Arabes Maghrébins.
# Sur les odes (mowascheha) et les chansons (ou ballades, zedjel), poèmes propres à l’Espagne.             
Origine des mowascheha. — Poètes qui se sont distingués dans ce genre de compo­sition. — Échantillons avec la transcription en caractères romains. — Ode composée en langue vulgaire par le vizir Ibn el‑Khatîb. — Mowaschehas composées par des poètes de l’Orient. — Origine et histoire du genre de poésie appelé zedjel. — Un long poème de ce genre. — Ce qu’on appelle dans le Maghreb Oroud el‑beled. — Pièce de vers dont les idées sont évidemment empruntées à la poésie persane. — Suite des mo­waschehas. — Les mewalia. — Les Kan wa kan. — Les Haufi. — Les dou‑beïtein. — Exemples de la mewalia. — Pour bien apprécier ces poèmes, il faut comprendre les dia­lectes dans lesquels ils sont composés. — Observations de l’auteur et fin de l’ouvrage.



Sur la poésie contemporaine chez les Arabes (nomades)
et les habitants des villes.
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La poésie n’est pas un attribut spécial de la langue arabe : elle existe dans tous les idiomes, tant arabes qu’étrangers. Les Perses eurent des poètes et les Grecs aussi. Aristote, dans son ouvrage sur la logique, a fait mention du poète Omîros (Homère) [1] et en a parlé p.403 avec éloge. Les Himyarites eurent aussi des poètes de premier ordre [2]. Lorsque la langue du peuple modérite se fut corrompue, et que leur idiome, dont les règles philologiques et grammaticales ont été con­signées dans des recueils, se fut altéré, les Arabes qui vinrent en­suite se servirent de dialectes qui différaient les uns des autres, selon *360 le mélange plus ou moins fort d’éléments étrangers qui s’y étaient introduits. Ces Arabes employèrent alors une langue qui différait de celle de leurs prédécesseurs, les Modérites, et qui s’en distinguait par les désinences grammaticales, par les significations assignées à un grand nombre de termes et par les formes des mots. Il en fut de même des Arabes qui adoptèrent la vie sédentaire et qui se fixèrent dans les villes ; il se forma chez eux un autre dialecte qui différait de la langue de Moder par la syntaxe des désinences, par les significa­tions de beaucoup de mots et par les inflexions grammaticales. Il dif­férait aussi de la langue usitée chez la race arabe (nomade), celle qui existe encore de nos jours. Chacun de ces idiomes offrait encore des différences qui provenaient des usages conventionnels de chaque localité. Le dialecte employé en Orient par les habitants (de la cam­pagne) et par ceux des villes n’est pas le même que celui dont on se sert dans les contrées et dans les villes de l’Occident ; il diffère aussi de celui qui se parle chez les habitants de l’Espagne.
Mais la poésie existe, par la nature même des choses, chez les peuples de toute langue, car l’usage de couper les phrases d’après le nombre de lettres mues et quiescentes [3], et d’après la correspondance (mutuelle des pieds dans les vers), estimé chez tous les peuples. Il ne faut pas croire que l’art poétique n’a pu exister que dans une seule langue, je veux dire dans celle des Modérites, peuple qui, comme chacun le sait, avait produit les cavaliers les plus distingués et les plus brillants p.404 dans la carrière de la poésie. Bien au contraire, les peuples qui ont un idiome particulier, les Arabes barbarisants [4], par exemple, et les habitants des villes, composent encore des vers, en y faisant de leur mieux, et construisent l’édifice de leurs poèmes conformément au génie du dialecte dont ils se servent. La race arabe qui nous est con­temporaine, et dont le langage s’est beaucoup écarté de celui des Mo­dérites, leurs prédécesseurs, par suite de son mélange avec des éléments étrangers, ces Arabes composent encore aujourd’hui des vers sur tous les sujets que leurs prédécesseurs, les Arabes arabisés, avaient traités. Ils produisent des morceaux très étendus, dans lesquels on reconnaît la marche et les pensées de l’ancienne poésie : on y retrouve la mention *361 de la bien‑aimée, l’éloge, l’élégie et la satire. On y voit aussi qu’ils savent ménager les transitions afin de passer d’un sujet à un autre, et qu’il leur arrive quelquefois d’entrer tout d’abord dans la matière dont ils veulent parler. Chacun de ces poèmes commence ordinaire­ment par indiquer le nom de celui qui l’avait composé ; l’auteur passe ensuite à l’éloge de sa maîtresse. Les Arabes du Maghreb donnent aux cacîdas (ou poèmes) de ce genre le nom d’asmaïennes, en souve­nir d’El‑Asmaï, le grand rapporteur des anciennes poésies arabes. Les Arabes de l’Orient les désignent par le terme bédawiya (bédouins), [ou hauraniya ou caïsiya[5]. On les chante quelquefois, après y avoir adapté des airs très simples, mais nullement conformes à la p.405 théorie de l’art musical. Ils désignent les poèmes qui se chantent par le terme hauraniens, mot dérivé de Hauran, qui est le nom d’une pro­vince située sur les frontières de l’Irac et de la Syrie, et dans laquelle les Arabes nomades ont continué à camper et à stationner jusqu’à ce jour. Il y a encore chez ces Arabes un genre de poème qui est très ­usité et qui se compose de stances renfermant chacune quatre vers [6], dont le dernier diffère par la rime [7] des trois autres. La même rime se reproduit à la fin de chaque quatrième vers de la cacîda (poème). Ce genre de poème ressemble aux morabbâ et aux mokhammés [8] dont on doit l’invention à des poètes musulmans qui vécurent à une époque assez moderne. Dans les pièces dont nous parlons, les Arabes expri­maient leurs idées avec une netteté parfaite, et ont possédé depuis [9] des (poètes) d’un grand talent.
Les savants des derniers siècles et la plupart de ceux qui, de nos jours, cultivent les sciences, et surtout celles qui se rattachent à la langue, méprisent le genre de poésie que ces Arabes ont adopté, et, quand on leur récite de ces pièces, ils les écoutent avec un dédain *362 profond [10]. Ils s’imaginent qu’elles offensent le bon goût, parce qu’elles p.406 sont dans une langue abâtardie et que les désinences grammaticales ne s’y emploient pas. Mais ce sentiment n’est provenu chez eux que de l’impuissance où ils se trouvaient d’apprécier le mérite de cette langue ; s’ils avaient possédé la même faculté de la comprendre qui existe chez les (Arabes bédouins), ils auraient trouvé dans leur propre goût et dans la disposition naturelle de leur esprit, — si toutefois ils avaient eu le goût sain et le jugement droit, — ils y auraient trouvé un fort témoignage en faveur de la capacité que cette langue possède pour exprimer des idées. Quant aux inflexions désinentielles, elles n’ont rien à faire avec l’expression exacte des idées, avec cet art de réalisa­tion qui [11] consiste dans la correspondance de la parole avec la pensée [12] et avec les nuances qu’il faut exprimer [13]. Peu importe que le refâ [14] indique l’agent (ou le sujet) et que le nasb [15] désigne le patient (ou l’objet), ou vice versa ; les circonstances accessoires offertes par le discours suffisent pour lever toute incertitude à cet égard ; le langage parlé maintenant nous en offre la preuve. D’ailleurs, les indications de ce genre sont purement conventionnelles et dépendent des usages adoptés par chaque peuple dans l’emploi de sa langue. Or, lorsqu’on a pu distinguer ce qui est de convention dans l’exercice d’une faculté, qu’on a vu clairement que les indications (offertes par cette faculté) sont exactes, et qu’on a reconnu que ces indications répondent aux intentions de celui qui parle et aux exigences du cas, alors (on peut le dire) la réalisation (de l’idée par la parole) s’est effectuée bien que les règles établies par les grammairiens ne soient pas observées. Quant p.407 aux tournures reçues dans la poésie et aux divers genres de poèmes, tout cela se retrouve dans les productions de ces Arabes : rien n’y manque, excepté les voyelles qui marquent les cas et qui devraient se trouver à la fin des mots. En effet, la plupart des mots se terminent par une pause [16] ; mais les indications fournies par les accessoires de la phrase suffisent, chez ces Arabes, pour faire distinguer l’agent du patient et le sujet de l’attribut, sans qu’on ait besoin de recourir à l’emploi de voyelles désinentielles.
Voici un de leurs poèmes : il est censé avoir été prononcé par le chérif Ibn Hachem, et exprime la douleur que le cherîf éprouve en se voyant séparé d’El‑Djazia, fille de Serhan [17].
p.408 Le poète y parle du départ de cette femme pour le Maghreb avec sa famille :
Le chérif Bou ’l-Hîdja Ben Hachem [18] a dit au sujet de son cœur qui, envahi *363  (par la douleur), se plaignait de son infortune ; il s’empresse de faire savoir par où son esprit est passé en poursuivant un jeune Bédouin qui a tourmenté p.409 (son cœur) déjà trop affligé [19]. (Il annonce) combien son âme s’est plainte (du malheur) qui la frappa dans la matinée des adieux ; puisse Dieu faire périr celui qui en connaissait le secret ! Elle sent comme si un bourreau la blessait jusque dans l’intérieur, avec un couteau [20] indien, fait d’acier pur. Elle est deve­nue comme une brebis entre les mains d’un laveur dont la violence, pendant qu’il serre les lanières qui l’attachent, cause (des douleurs) semblables à celles que font les épines de l’acacia ; des entraves doubles lui serrent les jambes ainsi que la tête, placée entre elles, et, pendant qu’il la frotte, il la retient par le bout du licou [21]. Mes larmes se mirent à couler en abondance comme si un (homme) p.410 les faisait monter en tournant de ses mains une roue hydraulique. Le répit donné (à mes yeux) répare promptement leur épuisement, et l’humidité qui s’y amasse *364 forme des nuages épais qui augmentent (le torrent de larmes). (D’autres tor­rents) descendent, en coulant de source, à travers la plaine qui touche au flanc d’Es‑Sefa [22], et, au milieu de cette abondance d’eau, (se voit) la lueur des éclairs. Ce chant sera (pour toi) une consolation, quand tu seras épris d’amour. Bagh­dad [23], jusqu’aux pauvres, gémit sur mon sort. Le crieur annonça le dé­part, on lia (les bagages), et le (chameau) disponible se tenait auprès de celui qui l’avait emprunté [24]. Empêche‑les de partir maintenant, ô Dîab Ibn Ghanem ! c’est entre les mains du Madi Ibn Mocreb (qu’on a remis la direction de) la marche. Hacen Ibn Serhan leur dit : Allez vers le couchant, poussez devant vous les troupeaux ; c’est moi qui les protège. Et il piqua en avant, parmi les (ani­maux), criant aux moutons et aux taureaux, (mais) sans les écarter des champs verdoyants [25]. Zian le généreux, fils d’Abès [26], m’a laissé ; l’éclat et les riches approvisionnements *365 de Himyer [27] ne lui suffisaient pas. Il m’a laissé, lui qui se disait mon ami et mon compagnon ; et je n’ai plus maintenant de bouclier que je puisse opposer (à mes ennemis). Belal Ibn Hachem revint en leur disant : Nous pouvons vivre dans le voisinage de la misère ; mais, dans un pays de soif, nous ne le pouvons pas ; la porte de Baghdad et son territoire nous sont défendus ; je n’y entrerai pas, je n’y retournerai pas, et ma monture s’en éloignera. Mon âme re­nonce au pays d’Ibn Hachem, à cause (de l’ardeur) du soleil ; (si j’y restais) la chaleur du midi ferait descendre (sur moi) la mort. Pendant la nuit, les feux allumés par les jeunes filles (de la tribu) jetaient des étincelles, et celui qui était le captif de leurs (charmes) excitait son chameau sur la route de Loud à Khordjan [28].
Le poème qui suit fut composé par (un autre de) ces Arabes sur p.411 la mort d’Abou Soda el‑Ifreni, émir zenatien [29], qui leur avait opposé une vive résistance [30] en Ifrîkiya et dans le Zab [31]. Cette pièce élégiaque est conçue dans un ton purement ironique [32] :
Soda au beau visage [33] partira le matin avec la caravane en se lamentant et dira : *366 O toi qui demandes où est le tombeau de Khalîfa le Zenatien [34], en voici l’indication ; ne sois pas lent à la saisir [35]. Je le vois en amont de la rivière Zan [36], et au‑dessus de lui s’élève un couvent eïçaouien [37] d’une construction élevée. Je le vois là où le bas‑fonds s’éloigne [38] de la route qui conduit aux collines de sable ; la rivière est à sa droite et le bois de roseaux en indique (l’emplacement). Oh ! que mon cœur souffre à cause de Khalîfa le Zenatien [39], rejeton de la postérité des hommes généreux ! Il est mort sous les coups du héros des batailles, Dîab Ibn Ghanem, et de ses blessures coule le sang ainsi que l’(eau) sort de la bouche d’une outre. O toi (qui es devenue) notre voisine, sache que Khalîfa le Zenatien p.412 est mort. Ne pars pas à moins que tu ne veuilles partir ; hier, nous vous avons embrassée [40] trente fois ; seize fois par jour est bien peu.
Voici une des pièces dans lesquelles ils racontent comment ils partirent pour le Maghreb et enlevèrent ce pays aux Zenata [41] : *367
Quel excellent ami j’ai perdu en Ibn Hachem ! Mais combien d’hommes avant moi ont perdu leurs meilleurs amis ! Entre lui et moi la fierté (fit naître une discussion), et il me confondit par des raisonnements dont la justesse ne m’échappa pas. Je demeurai (interdit) comme si j’avais bu d’un vin pur et gé­néreux, vin qui laisse sans force celui qu’il a renversé [42]. (J’étais) comme une femme à cheveux gris qui, le cœur paralysé [43], se meurt dans un pays étranger, repoussée de sa tribu [44] ; réduite à la misère [45] par un temps de malheur, elle se trouve au milieu d’Arabes grossiers qui ne font aucune attention à leur hôte. Voilà [46] comment j’étais par suite de mon déshonneur [47] ; je me plaignais de (la douleur qu’éprouvait) mon cœur, et je disais hautement ce qui l’avait rendu ma­lade [48]. Alors je donnai à mes gens l’ordre du départ, et ceux qui avaient chargé les chameaux renforcèrent les liens de nos bagages [49]. Pendant sept jours nos trou­peaux restèrent privés (d’eau), et (nos) Bédouins ne dressèrent pas leurs tentes p.413 *361 pour s’y reposer [50]. On passa le jour sur les cimes de collines dont les unes étaient en face des autres [51].
Voici un morceau dans lequel on fait parler le cherîf pour raconter la dispute qui eut lieu entre lui et Madi Ibn Mocreb :
Madi le despote commença en me disant : Chokr [52] ! nous ne sommes pas contents de toi [53]. Allons, Chokr ! cesse tes reproches et retourne dans le Nedjd [54] : celui-là seul a vécu qui est demeuré dans son propre pays. Tu t’es éloigné de nous, ô Chokr ! pour te rapprocher d’étrangers, et tu es devenu l’ami de ces Arabes qui s’habillent de (belles) étoffes. (Quant à nous) nous subissons ce que la providence nous a destiné, de même que l’amorce du briquet subit (l’influence de) la rosée [55]. Bien que les plantes épineuses prospèrent dans votre pays, (nous avons) ici des femmes arabes dont nous n’avons pas augmenté le nombre des enfants [56].
Le poème qui suit fut composé par Soltan Ibn Modaffer Ibn Yahya [57], membre de la tribu des Douaouida [58], branche de la tribu (arabe) des Rîah. Ce chef le prononça [59] pendant qu’il était retenu dans la prison p.414 *369  d’El‑Mehdiya, où le prince almohade, Abou Zekeriya Ibn Abi Hafs, souverain de l’Ifrîkyia, l’avait fait enfermer [60] :
(Le poète) dit, quand l’apparition des ténèbres vient le soulager [61] : Que le sommeil soit défendu [62] aux paupières de mes yeux ! Qui viendra au secours d’un cœur qui est devenu le compagnon inséparable de la douleur et du chagrin ? Qui soulagera une âme qui est folle d’amour et dont la maladie me tourmente depuis longtemps. (Je suis épris) d’une femme du Hidjaz, d’une Bédouine, d’une Arabe, qui montre de l’inimitié [63] pour un amant passionné [64], et qu’il ne peut espé­rer de rencontrer. Elle aime avec passion la vie du désert et ne peut s’habituer aux villes ; (aucun lieu ne lui plaît), excepté le pays des sables que l’on tra­verse si difficilement, et où les tentes reçoivent des pluies dont les averses con­tinuent tout l’hiver. Voilà ce qui l’a séduite [65] ; voilà ce qu’elle désire (revoir). Là, les terres humectées par la pluie fournissent aux puissantes chamelles qui s’y promènent librement un herbage convenable. (Ces prairies) charment les yeux [66] quand elles ont reçu une suite d’averses provenant des nuages qui passent pendant *370 la nuit. Pourquoi ces nuages répandent‑ils des larmes d’eau ? Pourquoi ces sources abondantes où s’amasse [67] une eau toujours douce lancent‑elles des éclairs [68] ? (La campagne) est comme une fiancée habillée de vêtements éclatants, et les fleurs de la camomille [69] lui servent de ceinture [70]. (C’est) un désert, une plaine, un vaste espace, un lieu d’égarement, un pays où les autruches cou­rent au milieu des troupeaux qu’on y fait paître. (Les femmes de la tribu) ont p.415 pour boisson le lait pur des chamelles enlevées à l’ennemi, et pour nourriture la chair des daims. Pour les protéger, elles n’ont pas besoin de portes ni de com­bats dont la mêlée fait blanchir d’effroi les cheveux des guerriers. Que Dieu arrose de ses pluies ce vallon si bien boisé [71] qu’il y fasse tomber averse sur averse, et qu’il rende la vie aux ossements [72] décharnés que ce sol (recouvre) ! Pour récompenser ces lieux (du bonheur qu’ils m’ont procuré), je leur offre mon amour. Oh ! que je voudrais retrouver les jours que j’ai passés entre ces collines de sable, ainsi que les nuits où je portais sur les bras l’arc de la jeunesse et où aucune flèche ne manquait le but quand je me tenais debout (pour la lancer). Dans le temps de ma jeunesse, mon cheval était toujours prêt, la selle sur le dos ; il s’élan­çait vivement en avant [73] pendant que sa bride était dans ma main [74]. Combien de *371 belles dont les charmes m’ont empêché de dormir, et qui, en souriant, montraient des dents bien rangées et d’un éclat dont je n’ai pas vu le pareil dans le monde. Combien de filles aux seins arrondis, à la taille flexible [75], aux paupières bordées de noir, aux bras ornés de tatouages ! Dans ma passion pour elles, je frappai de ma main [76] sur (mon cœur) abattu, et leurs champs humides n’ont pas oublié les pluies (de larmes) dont je les arrosai [77]. (Ils n’ont pas oublié) le feu ardent que le bois de l’amour entretenait dans mon sein, et dont l’eau (de mes larmes) ne pouvait éteindre la flamme. O toi qui m’as fait la promesse (d’accueillir mon amour), jusqu’à quand [78] ma vie doit‑elle se passer dans une demeure (la prison) où l’obscurité fait de moi un aveugle ? Cependant j’ai vu le soleil s’éclipser pour une courte période et tomber en défaillance ; mais en­suite les nuages qui le couvraient se dissipaient [79]. Puisse le bonheur approcher de nous, pennons et bannières déployés ! puissent les drapeaux avancer en flottant au gré du vent, et soutenus par l’aide de Dieu ! Ne vois‑je pas s’élever devant mes yeux l’aspect de mes guerriers qui vont se mettre en route ? (Je me vois avec eux) la lance sur l’épaule, et je marche à la tête de la colonne ! (Ils sont là) dans la plaine [80] de Ghîath el‑Ferc, au‑dessus de Chames, pays qui, de *372 toutes les contrées que Dieu a créées, renferme les collines que j’aime le plus. (Ils se dirigent) vers le lieu de halte, à E1‑Djâferiya, près du bord de la région p.416 sablonneuse ; (ils vont) stationner dans ce lieu qui avait pour moi tant de charmes. Nous y trouverons les nobles chefs de Hilal Ibn Amer, et la salutation que m’offrira cette tribu éloignera [81] de moi le chagrin et la soif qui m’altère. Voilà que ces chefs dont la bravoure est devenue proverbiale, tant en Occident qu’en Orient, attaquent l’ennemi et le mettent promptement en déroute. Salut à eux et à toutes les personnes qu’ils abritent sous leurs tentes [82] ! Que ce salut dure tant que les colombes roucouleront dans (le bois de) Fîna [83] ! Mais laissons cela ! ne regrettons plus le passé ; dans ce monde, rien ne dure pour personne [84].
Voici maintenant un poème composé par un autre de ces Arabes. Il vivait dans ces derniers temps et se nommait Khaled Ibn Hamza Ibn Omar [85]. Dans cette pièce, il adressait des reproches aux Oulad [86] Mohelhel, famille rivale de celle dont il était le chef, et qui formait, sous le nom des Oulad Abi ’l-Leïl, une des branches de la grande tribu des Kaoub. Il y répondait en même temps à une pièce de vers dans laquelle Chibl Ibn Meskîana Ibn Mohelhel [87], le poète des Oulad Mohelhel, exaltait la gloire de sa famille et dépréciait celle des Oulad Abi ’l-Leïl [88].
*376 Une de leurs maximes proverbiales est conçue en ces termes :
Rechercher ce qu’on ne t’accordera pas est un acte de folie ; tourne le dos à celui qui se détourne de toi, et tu feras bien. Si les hommes te ferment leurs portes, (monte) à dos de chameau et Dieu t’en ouvrira une.
p.417 Voici des vers dans lesquels Chibl indique que les Kaoub des­cendent de Terdjem [89] :
Les vieillards et les jeunes gens de la famille de Terdjem excitent, par leur violence, les plaintes de tous les hommes.
Dans la pièce suivante, Khaled (Ibn Hamza) blâme ses frères d’avoir embrassé le parti d’Abou Mohammed Ibn Tafraguîn [90], grand cheikh des Almohades [91], qui venait d’usurper le pouvoir à Tunis, au *377 détriment de son pupille, le sultan Abou Ishac, fils du sultan Abou Yahya, fait qui s’est passé presque de nos jours :
Khaled le Généreux va parler à bon escient et tenir un discours digne d’un orateur ; il a toujours parlé raison. Sa harangue sera magistrale et pleine de sens ; il ne s’y embrouillera pas ; il ne rétractera jamais ce qu’il y aura dit : J’ai conçu une noble [92] pensée, (et je l’exprime ici) sans que le besoin m’y force et sans vou­loir causer des troubles dont le blâme rejaillirait (sur moi). (Cette pensée) j’y tiens de tout mon cœur ; c’est une vraie trouvaille, un trésor fourni par la réflexion, et tout ce qui est trésor se retrouve (plus tôt ou plus tard) [93]. Je parle en déclarant ouvertement ce que j’ai besoin (de dire au sujet de la conduite) tenue par des hommes de notre tribu, proches parents de notre famille ; par les enfants de Kaab [94], ceux qui nous tiennent de près par les liens du sang [95] ; par nos cousins, tant les jeunes gens que les vieillards. Après la conquête du pays, nous avons accordé à plusieurs d’entre eux la sincérité de notre amitié et la plé­nitude de notre hospitalité ; nous en avons soutenu d’autres contre leurs p.418 *378 adversaires, et vous savez que ma parole est frappante de vérité. A d’autres nous avons donné comme rétribution une partie de nos possessions, et cela est resté inscrit au fond de (leur) cœur [96]. D’autres, se trouvant dans le besoin, sont venus nous trouver et obtenir de notre magnanimité une abondance de dons. D’autres avaient été insolents à notre égard [97] et nous faisaient du mal [98], mais nous le subissions [99] jusqu’à ce que leurs préoccupations se dissipassent. Ils renonçaient (quelquefois) à leurs viles (tentatives) que nous regardions comme des actes de folie [100], mais parfois ils se faisaient bien redouter. Un autre, simple serviteur [101] d’un homme puissant, se plaignait de ce qu’on lui avait fermé la porte de la skîfa [102] où se passaient nos délibérations ; nous l’en avions renvoyé, et il deman­dait à y rentrer malgré le maître d’El‑Baleki [103] et malgré Dîab [104]. Et cependant nous avions toujours essayé de les exalter, et jamais nous n’avions posé de voiles sur nos figures afin de leur faire une trahison. Nous avons su défendre comme *379 un parc réservé le territoire de Tarchîch [105] ; et cela en risquant (nos) chevaux [106] et notre cou. (Nous avons défendu) une plaine dans les États qui avaient échappé à la domination de leur souverain, lui qui avait (cependant) des dents (pour se faire respecter) [107] ; (nous l’avons défendue) au moyen de la résistance offerte par quelques chefs de notre tribu, les Beni Kaab [108]. Leur appui nous suffisait quand il fallait résister aux coalitions de nos ennemis, et notre aide les délivrait des entraves que les vicissitudes de la fortune leur imposaient. (Cela continua) jusqu’à ce que [109] ceux d’entre eux qui ne possédaient pas un seul agneau [110] se trouvassent p.419 dans l’aisance et comblés de biens [111]. Ils eurent alors pour montures des chameaux [112] qu’on désignait (à cause de leur excellence) par le nom du peuple qui les avait élevés, et ils portaient des vêtements en soie de diverses couleurs. Ils poussaient devant eux, à travers les pays, non pas (un petit nombre) de bêtes de somme (ré­servées) pour la propagation de l’espèce [113], mais de nombreux troupeaux dont chaque individu était chargé de son bât [114]. Dans leurs diverses entreprises, ils gagnaient de ces vastes trésors qui ne se laissent acquérir qu’en temps opportun ; et ils devenaient semblables aux Barmékides d’autrefois, eux qui, du temps de *380 Dîab (Ibn Ghanem), n’auraient été que de nouvelles lunes (que l’on distinguerait à peine). Ils furent pour nous des cuirasses chaque fois qu’un danger nous donnait des inquiétudes, chaque fois que [115] reluisait (à nos yeux) le tison em­ployé par l’ennemi pour allumer le (feu de la guerre). Ils ont (cependant) abandonné leurs demeures pendant les ténèbres de la nuit ; (mais) ils ne crai­gnirent pas [116] des reproches, car aucun blâme ne saurait atteindre la demeure des hommes généreux. Ils revêtirent (les gens de) leur tribu d’excellents habits, afin de les garantir (contre les intempéries de l’air), et eux, — si on le savait, — se couvraient de mauvaises tuniques. Parmi eux se trouve un homme pa­resseux et négligent, qui ne sait ce qui se passe et qui, à mon avis, a perdu l’esprit [117] ; il a une mauvaise opinion de nous, bien que nous ne la méritions pas ; souhaitons qu’il trouve plusieurs manières d’exercer la bienfaisance. Il est dans l’erreur, et celui qui l’imite [118], en nourrissant des pensées injurieuses et en affirmant comme vraies des suppositions déshonorantes, est un homme vil. Comment me consoler [119] (de la mort) du héros Bou Mohammed (Ibn Tafraguîn), de celui qui donnait des millions sans les compter ? Les gens du peuple sont dans l’affliction [120], et, *381 tant qu’il vivait [121], ils pensaient que sa disparition [122] (du monde) serait aussi funeste que celle des nuages (qui répandent la fertilité). Ils couraient (naguère) p.420 pour chercher des abreuvoirs sous ces nuages, mais l’eau qu’ils espéraient trouver n’était qu’un mirage. Quand il faisait des dons [123], il savait offrir ce qui était con­venable, et, même dans ses moindres cadeaux, il observait la juste mesure. Nous renonçons à l’espoir de pouvoir nous consoler depuis qu’il a été frappé par les flèches [124] de la mort. Quand il tenait Tarchîch sous ses pieds, cette (ville), toute grande qu’elle était, ne lui suffisait pas [125] (pour marchepied), et l’épouvante (de ses ennemis) aboutissait à l’affliction. Bientôt il va la quitter [126] …. laissant après lui des jeunes filles aux regards séduisants, à la taille flexible, aux gestes agaçants, qu’on avait élevées avec soin à l’abri de voiles et de rideaux. Quand elles se donnaient des airs de fierté, il montrait de l’orgueil, et il se laissait emporter par l’amour quand elles chantaient leur passion en jouant du tympanon et du rebec [127]. Elles le séduisaient [128] au point qu’il ne savait plus où il en était, et quelquefois il badinait (avec elles) comme s’il était [129] un jeune homme. Auprès d’elles il passait des temps (heureux) ; tout obéissait à *382 ses ordres ; les mets (de sa table) lui semblaient délicieux, et ce qu’il buvait lui paraissait exquis. Mais les amours d’autrefois sont maintenant défendus pour Ibn Tafraguîn, et, à leur place, il n’a reçu que la mort [130]. Il avait un jugement solide et de la prévoyance [131] ; il se lançait (dans les affaires comme) une galère sur l’Océan profond [132]. Dans les événements imprévus, il faut des hommes d’ac­tion [133] et de grands chefs, jusqu’à ce que les ennemis [134] restent (taillés) en pièces (sur le champ de bataille), jusqu’à ce que le marché dont les denrées nous sont confiées soit bien achalandé [135], que nos lances altérées de sang et nos car­quois soient teints en rouge, et que le jeune homme qui en veut à notre domi­nation fortunée se repente (de sa tentative) [136] et ne se retire pas avec les dents en bon état. Vous qui gardez le pain en attendant des assaisonnements, vous avez tort : que la mie vous serve d’assaisonnement quand il fait du sirocco [137].
p.421 Voici un poème composé par Ali Ibn Omar Ibn Ibrahîm, un des chefs actuels des Beni Amer [138], tribu formant une branche de celle des Zoghba [139]. Dans cette pièce, il reproche à ses cousins leur désir d’ob­tenir le haut commandement (et de dominer) sur le reste de la famille [140].
*383 (Ali Ibn Omar a composé ces) petits vers pleins de douceur et formant un discours versifié [141] ; (ils sont) beaux comme des perles qu’un artisan tient dans sa main pendant qu’il les range sur un fil de soie.
*388 Donnons ici un spécimen des vers composés par les Arabes‑Bédouins qui se tiennent dans cette partie de la Syrie qui s’appelle le Hauran. Une femme, dont le mari venait d’être assassiné, composa ce mor­ceau et l’envoya à des membres de la tribu de Caüs, qui avaient promis à cet homme aide et protection. Dans cette pièce, elle les pousse à la vengeance :
Omm Selama, la jeune femme de la tribu, parle de sa propre personne (et dit) : Puisse Dieu remplir d’effroi celui qui ne la plaint pas ! Elle passe de longues nuits dans l’affliction, sans pouvoir se faire au sommeil, et elle rencontre la misère [142] partout où elle se tourne. (Elle se plaint) de ce qui est arrivé à sa maison et à sa famille ; leur position s’est changée en un clin d’œil par suite d’un coup qui les a séparées de leur chef [143]. Vous tous qui appartenez à la tribu de Caïs, vous avez perdu Chihab ed‑Dîn, et vous ne songez pas à le venger ! Est-­ce là tenir ses promesses ? J’ai dit, quand ils m’envoyèrent une lettre pour me consoler et pour éteindre les étincelles du feu qui consumait mon cœur [144]. Est‑ce [145] p.422 bien le temps de soigner ses cheveux et sa barbe, quand on n’a pas protégé la beauté des jeunes femmes à la peau blanche ?
La pièce suivante fut composée par un Arabe‑Bédouin de la tribu de Helba, branche de la tribu d’El‑Djodami, laquelle est établie en Égypte [146].
*389 Les poésies de ce genre abondent chez les Bédouins et se transmettent *390 des uns aux autres. Certaines tribus les cultivent, mais d’autres dédaignent de s’en occuper, ainsi que nous l’avons déjà fait observer dans notre chapitre sur la poésie. Le mépris de cette espèce de composition est partagé par la plupart des grands chefs, ceux, par exemple, des tribus de Rîah, Zoghba et Soleïm [147].

Sur les odes (mowascheha) et les chansons (ou ballades, zedjel), poèmes propres à l’Espagne [148].
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Les habitants de l’Espagne avaient déjà beaucoup composé en vers : ils venaient de régulariser les procédés de la poésie, de fixer le caractère de ses divers genres et de porter au plus haut degré l’art de l’embellir, quand leurs poètes, à une époque assez moderne, en dé­couvrirent une nouvelle branche [149], à laquelle ils donnèrent le nom de p.423 mowascheh (ode). Dans les poèmes de cette espèce, ils faisaient correspondre d’une manière régulière les simt aux simt et les ghosn aux ghosn [150]. Ils ont beaucoup composé de ces pièces sur un grand nombre de sujets. Un nombre déterminé (de vers forme une stance et) compte, chez eux, pour un seul vers. Le même nombre de rimes et les mêmes mesures qu’on donne aux ghosn (de la première stance) se reproduisent invariablement (dans les stances suivantes) jusqu’à la fin de la pièce, laquelle se compose ordinairement de sept vers (ou stances). Chacun de ces vers renferme plusieurs ghosn, dont le nombre est fixé, par la fantaisie du poète et par le système (de ver­sification qu’il adopte). Dans les poèmes de cette espèce, on célèbre les charmes de la bien‑aimée et les vertus des grands personnages, ainsi que cela se fait dans les cacîdas. Ces compositions, dans les­quelles la grâce et l’élégance sont portées jusqu’aux dernières li­mites, faisaient les délices de tout le monde, et, comme elles étaient d’une forme facile à saisir, les grands et les petits s’empressaient éga­lement de les apprendre par cœur.
Celui qui, le premier, en Espagne, imagina ce genre de poème, fut Mocaddem Ibn Moafer en‑Neirîzi [151], un des poètes favoris de l’émir *391 Abd Allah Ibn Mohammed el‑Merouani [152]. Abd Allah Ibn Abd Rabbou, l’auteur de l’Icd [153], apprit d’Ibn el‑Moafer à composer dans ce style ; mais leur souvenir (comme compositeurs d’odes) ne s’est pas p.424 conservé, et leurs mowaschehas ont fini par tomber dans l’oubli. Le pre­mier qui se distingua réellement dans cette partie se montra plus tard ; il se nommait Eïbada tel‑Cazzâz, et était le poète en titre d’El‑Motacem Ibn Somadih, souverain d’Alméria [154]. L’illustre savant El‑Batalyauci [155]  raconte qu’il avait entendu Abou Bekr Ibn Zoheïr prononcer ces paroles : « Tous les compositeurs d’odes ne sont que de petits garçons auprès d’Eïbada tel‑Cazzâz ; » observation qu’il avait faite en rencontrant par hasard une pièce dans laquelle celui-ci s’ex­primait ainsi (en décrivant les charmes de sa bien‑aimée)
Une pleine lune, un soleil du matin, une tige (qui pousse) dans les sables, douce à sentir comme le musc : comme elle est parfaite ! comme elle brille ! comme elle est florissante ! comme elle répand des parfums ! Assurément celui qui (la) regarde en deviendra amoureux et ne l’obtiendra pas [156].
Eïbada florissait dans les temps où chaque province de l’Espagne était régie par un souverain indépendant. On assure qu’aucun de ses contemporains ne l’a dépassé dans la composition d’odes. Après lui vint en seconde ligne (Abou Bekr Mohammed) Ibn Arfâ Raçou, poète en titre d’El-Mamoun Ibn Dhi’n‑Noun, souverain de Tolède. On a beaucoup admiré la belle manière dont il tourna le commencement de l’ode (mowascheha) qui fit sa réputation. Voici le passage :
Le luth a retenti de sons admirables, les ruisseaux ont arrosé les pelouses des jardins.
On admire aussi la fin de cette pièce, où il dit (à la bien‑aimée) : p.425
Tu marches fièrement sans [157] (nous) saluer ; on te prendrait [158] pour Al-Mamoun Yahya Ibn Dhi ’n‑Noun, celui qui est l’effroi des escadrons (ennemis) [159].
*392 Ensuite, sous le gouvernement des Almoravides, une autre troupe de poètes entra dans la lice et fit des choses admirables. Les chefs de cette troupe étaient Yahya Ibn Baki [160] et l’Aveugle de Tudèle (El-­Aama et‑Toleïli[161]. Celui-ci a dit dans une de ses odes (mowascheha) dorées :
Comment me consoler, quand les traces (du campement abandonné) inspirent la tristesse ? La caravane est (maintenant) au milieu du désert et emporte les tendres vierges qui viennent de partir [162].
On a entendu dire à plusieurs cheikhs qu’en Espagne les amateurs de ce genre de poésie racontent l’anecdote suivante : Plusieurs poètes se trouvaient dans une réunion à Séville. Chacun d’eux avait apporté une ode dont il avait soigné la composition autant que possible. L’Aveugle de Tudèle s’avança pour faire entendre la sienne, qui était la célèbre ode dont les premiers mots sont :
En riant, elle montre des perles ; en se dévoilant, elle laisse voir une lune ; le monde est trop étroit pour la contenir, et cependant elle se trouve renfermée dans mon cœur [163].
A peine eut‑il prononcé ces lignes qu’Ibn Baki déchira sa propre ode, et les autres poètes suivirent son exemple.
El‑Aalem el‑Batalyauci rapporte qu’il avait entendu dire à Ibn Zohr [164] : « Les odes d’aucun poète n’ont jamais excité ma jalousie, à l’exception d’une, composée par Ibn Baki. Quand je l’entendis pour la première fois, je ressentis vivement cette passion. » En voici le com­mencement :
Ne vois‑tu pas Ahmad, dans la hauteur de sa gloire, sans rival ! L’Occident l’a produit ; montre‑moi son pareil, pays de l’Orient !
Dans le siècle où ces deux poètes florissaient, il en parut un autre nommé Abou Bekr el‑Abiad [165], dont les odes se distinguaient par un *393 style simple et naturel. Un autre de leurs contemporains fut le phi­losophe Abou Bekr Ibn Baddja [166], auteur des airs (telhîn) qui sont si bien connus. Il y a une anecdote assez répandue que je veux rap­porter ici : Ibn Baddja, se trouvant à une partie (de plaisir) chez son patron, Ibn Tifelouît [167], seigneur de Saragosse, remit à une des chan­teuses appartenant à ce prince une ode qui commençait ainsi : p.427
Marche (avec fierté) en traînant ta robe partout où elle (ta bien‑aimée) a traîné la sienne ; et ajoute à l’ivresse (que ses charmes t’inspirent [168]) l’ivresse (qui provient du vin).
Le prince manifesta par ses gestes le plaisir que cet éloge lui cau­sait. La pièce se terminait par ces vers :
Dieu a préparé un drapeau toujours victorieux pour l’illustre émir Abou Bekr.
Lorsque ce telhîn frappa son oreille, il s’écria :  Oh ! quelle jouissance ! » et déchira ses vêtements (tant il était ravi). « Tu as com­mencé admirablement », dit‑il, « et tu as fini de même. » Il fit alors un serment des plus solennels, en déclarant qu’Ibn Baddja ne rentre­rait chez lui qu’en marchant sur de l’or. Le poète, craignant que cela n’eût des conséquences graves, imagina un moyen d’éluder le ser­ment et se fit mettre de l’or dans les souliers avant de s’en aller.
Abou ’l‑Khattab Ibn Zohr raconte ce qui suit : Dans une réunion qui se tenait chez Abou Bekr Ibn Zohr [169], on causait d’Abou Bekr el-­Abiad, l’auteur de l’ode dont nous avons parlé. Un de ceux qui étaient présents ayant dit que ce poète n’était pas très fort, Ibn Zohr lui ré­pondit en ces termes : « Comment ! vous déprisez l’homme qui a com­posé ces vers :
Je n’ai jamais eu du plaisir à boire du vin dans une praire couverte de fleurs, à moins qu’(une beauté), dont la taille flexible se balance quand elle se retire au point du jour, n’eût rempli sa promesse, le soir, et ne m’eût dit, au matin : *394  « Pourquoi le vin a‑t‑il souffleté mes joues ? que me veut le vent du nord ? » Il souffla, et devant lui se pencha ce tendron si bien proportionné, que j’avais en­veloppé dans mon manteau [170]. (Elle est) un de ces êtres qui tuent les cœurs ; elle marche en nous inspirant des soucis. Puissent ses œillades nous rejeter encore p.428 dans le péché ! Douces lèvres qui recouvrez ses dents, donnez du rafraîchisse­ment à (un amant) qui brûle de soif, qui est épris d’amour et malade, qui ne trahira jamais ses promesses, et qui, dans tous les cas, ne cessera d’espérer que tu viendras le trouver, bien que tu lui montres de l’indifférence [171].
Après ces poètes, et dans les premiers temps de la dynastie almo­hade, parut Mohammed Ibn Abi ’l-Fadl Ibn Cheref — « J’ai reconnu, dit El-Hacen Ibn Doueïrîda [172], le faire de Hatem Ibn Saîd [173] dans ce vers :
Le convive enjoué et le vin, c’est la lune en conjonction avec le soleil. »
(Citons aussi) Ibn Herdous [174], qui a dit :
O nuit de notre réunion et de mon bonheur ! reviens, je t’en supplie !
(Et mentionnons) Ibn Mouhel, à qui nous devons ce morceau :
Une fête ne consiste pas à porter une belle robe avec un manteau et à respirer des parfums ; la véritable fête, c’est de se trouver avec la bien‑aimée.
*395 (Nommons) encore [175] Abou Ishac ed‑Douîni [176]. Ibn Saîd [177] dit avoir entendu Abou ’l-Hacen Sehl Ibn Malek [178]  raconter ce qui suit : p.429 J’entrai une fois chez Ibn Zohr, qui était alors très âgé, et je portais l’ha­billement de la campagne, parce que je demeurais dans le château d’Estepa [179]. Comme il (Ibn Zohr) ne me connaissait pas, je m’assis au dernier rang de l’assemblée. Dans la suite de la conversation, je fus amené à réciter une ode de ma composition, dans laquelle se trou­vaient ces vers :
Le collyre des ténèbres disparaît de l’œil de l’aurore, au matin [180]. Le poignet de la rivière s’est entouré de manchettes vertes, formées par ses bords.
Quand Ibn Zohr eut entendu ces paroles, il tressaillit et me dit : Est‑ce vous qui avez fait cela ? — Je lui répondis : « Mettez‑moi à l’é­preuve ! » — Qui êtes‑vous ? » me dit‑il. — « Un tel », dis‑je. — « Montez à la première place, me dit‑il, par Allah ! je ne vous connais­sais pas ! » — Ibn Saîd dit : « A la tête de la troupe qui suivit immédia­tement ceux‑là se trouvait Abou Bekr Ibn Zohr, poète dont les odes se sont répandues tant en Orient qu’en Occident. » Il ajouta : « J’en­tendis dire à Abou ’l-Hacen Sehl Ibn Malek qu’on avait demandé à Ibn Zohr quelle était l’ode de sa composition qu’il regardait comme la plus originale, et il répondit que c’était celle‑ci :
Pourquoi cet homme fou d’amour [181] ne revient‑il pas de son ivresse ? Oh ! comme il est ivre ! Pouvons‑nous ramener les (beaux) jours et les nuits (que nous avons passés) auprès du canal ? Voilà qu’on aperçoit dans le zéphyr odorant le (parfum du). musc de Darîn [182]. Peu s’en faut que la beauté de ce lieu charmant ne nous donne une nouvelle vie ! (Voici) un fleuve ombragé de beaux arbres dont les p.430 branches sont chargées de feuillage, et l’on voit l’eau qui coule emporter sur sa surface ou dans son sein une récolte de (feuilles de) myrte [183]. »
*396 Après lui, le poète le plus distingué fut Ibn Haiyoun, l’auteur de la chanson (zedjel) si bien connue qui commence ainsi :
A chaque instant elle ajuste une flèche, et tire, à sa volonté, soit avec la main, soit avec l’œil.
Il indique encore ce double avantage dans le vers suivant :
J’ai été créée belle et suis connue comme un archer habile : je ne cesse pas de combattre même pendant un instant ; je fais avec mes deux yeux ce que ma main fait avec les flèches [184].
Il y avait avec eux à Grenade un autre poète qui se distinguait beaucoup et qui se nommait El-Mohr Ibn Ferès (poulain, , fils de ju­ment[185]. Ibn Saîd dit : Voici de ses vers :
Grand Dieu ! quelle journée charmante nous avons passée dans les prairies, sur le bord de la rivière de Hims (Séville) ! Ensuite nous retournâmes vers l’em­bouchure du canal, en brisant les cachets de musc afin de dégager le vin cou­leur d’or ; (et cela) pendant que la main des ténèbres repliait la robe du soir.
Quand Ibn Zohr entendit ces vers, il s’écria : « Comme nous sommes loin (d’avoir eu la pensée) de cette robe ! » Il y avait avant lui (Ibn Ferès), dans la même ville, un poète nommé Motarref. Ibn Saîd rap­porte (à son sujet) l’anecdote suivante, qu’il avait apprise de son père : Motarref entra un jour chez Ibn Ferès, et celui-ci se leva et le reçut avec de grandes marques d’honneur. « Ne faites pas cela, » lui dit Ma­tarref. « Comment, dit Ibn Ferès, ne me lèverais‑je pas pour celui qui a dit : p.431 *397
Des cœurs atteints par des regards qui blessent, comment peuvent‑ils exister sans souffrir ?
Après ceux‑ci parut à Murcie Ibn Hazmoun. Ibn ar‑Raïs a rapporté que Yahya el‑Khazradji, s’étant présenté à une réunion où Ibn Haz­moun se trouvait, lui récita une ode de sa composition, et que celui-ci lui dit : « Une ode n’est pas ode à moins qu’elle ne soit exempte de tout ce qui sent le travail. » Yahya lui en demanda un exemple, et Ibn Hazmoun lui récita une de ses propres pièces que voici :
O toi qui m’évites ! y a‑t‑il un chemin par lequel on puisse parvenir à te joindre ? Penses‑tu que le cœur d’un amant affligé puisse trouver du repos après avoir ressenti de l’amour pour toi [186] ?
Signalons encore Abou ’l-Hacen Sehl Ibn Malek, natif de Grenade, au sujet de qui Ibn Saîd raconte ce qui suit : « Mon père admirait beau­coup la manière dont Sehl s’était exprimé dans le morceau suivant :
Le jour parut dans l’Orient comme un torrent et se répandit comme une mer sur toutes les contrées. Aussi les pleureuses d’entre les (tourterelles) fauves se sont appelées les unes les autres ; ne vois‑tu pas qu’elles craignent d’être noyées et passent la matinée à se lamenter du haut du feuillage ? »
Vers la même époque, (le poète) Abou ’l-Hacen Ibn Fadl se distin­guait à Cordoue. Ibn Saîd raconte qu’il entendit dire à son père ce qui suit : « J’étais présent quand Sehl Ibn Malek adressa ces paroles à Ibn Fadl : Certes, Ibn Fadl ! vous avez obtenu la prééminence (fadl) sur les autres compositeurs d’odes par la pièce que voici :
Oh ! comme je regrette les temps passés, (maintenant que) dans le soir (de la vie) l’amour est parti et fini ! Je reste seul, malgré moi et sans le vouloir ; je passe mes nuits (comme si j’étais) sur des charbons ardents. Je salue, en pensée, les restes de cette demeure abandonnée ; je baise, en imagination, les traces (laissées par les habitants). »
*398 Le même (narrateur) rapporte ce qui suit : « Plus d’une fois [187] p.432 j’entendis Abou Bekr es‑Sabouni réciter au maître (ostad) Abou ’l-Hacen ed‑Debbadj [188] des odes qu’il avait composées, sans que celui-ci lui eût jamais dit : A la bonne heure ! Ce ne fut qu’après avoir entendu les vers suivants qu’il prononça cette parole flatteuse :
J’en jure par mon amour pour celle qui me témoigne de l’aversion, que les nuits de l’homme qui est vaincu par l’amour n’ont pas de matinées ; il n’est pas donné à tout le monde de se réjouir [189] à l’aspect de l’aurore. Je pense, chaque nuit, que le jour ne viendra jamais. O nuits que je passe ! vous êtes assurément éternelles ; ou bien, on a lié les ailes de l’aigle (céleste) afin que les étoiles du ciel ne poursuivent pas leur carrière [190].
Voici une des odes [191] d’Ibn es‑Sabouni :
Voyez l’état de celui que l’amour a fait captif et qui se trouve livré au chagrin et à la tristesse. Malheur à lui ! celle qui devait le guérir l’a rendu malade. La bien‑aimée l’a traité avec dédain, puis le sommeil s’est éloigné de lui à l’exemple de cette (cruelle). Le sommeil a fui mes paupières, mais je ne m’en plaindrais pas, s’il ne m’avait empêché de voir en songe la personne que j’aime. Le ren­dez‑vous qu’elle m’avait donné par caprice, hélas ! quel triste rendez‑vous [192] ! Mais je ne saurais faire des reproches à celle qui ne veut pas se montrer à moi, soit en réalité, soit en songe [193].
Ibn Khalef el‑Djezaïri (natif d’Alger) s’est fait un nom en Mauri­tanie par l’ode (qui commence ainsi) : p.433 *399
La main de la matinée a battu le briquet de la lumière sur l’amadou des fleurs.
Ibn Khazer de Bougie s’est distingué par l’ode (dont voici le com­mencement) :
La fortune se montre favorable : sa bouche t’a salué [194] avec un sourire.
Une des meilleures odes qu’on ait composées dans les temps mo­dernes a pour auteur Ibn Sehl, poète qui habitait Séville et qui s’était ensuite fixé à Ceuta [195]. Elle (commence) ainsi :
La gazelle du parc bien gardé savait‑elle qu’en prenant le cœur de son amant pour une tanière elle l’avait embrasé ? Ce (malheureux) est dans le feu et dans l’agitation ; il est comme la braise dont se joue le souffle du zéphyr.
Notre ami le vizir Abou Abd Allah Ibn el‑Khatîb, qui fut, de son époque, le plus grand poète de l’Espagne et du Maghreb, composa sur la même forme que l’ode précédente [196] une autre ode que je donne ici :
Quand [197] les nuages (bienfaisants) répandent leurs eaux, puissent les averses t’arroser copieusement, ô temps (fortuné) qui me réunira, en Andalousie, (avec toi, ma bien‑aimée). Mes rencontres avec toi n’ont cependant eu lieu qu’en songe, pendant mon sommeil ; ou bien elles s’effectuent à la dérobée, par des tours d’adresse. Voilà que le temps (nous) amène une diversité de souhaits qui s’avancent les uns sur tes traces des autres ; (elles viennent) isolément ou deux à *400 deux, (et forment) des groupes semblables aux bandes (de voyageurs) dont la présence est appelée par la fête (de la Mecque). Les pluies ont revêtu la prairie d’un double éclat et en ont fait sourire les fleurs. L’anémone (noman) annonce (les bienfaits) qu’elle a reçus de l’eau du ciel (ma es‑sema), de même que Malek annonça (les communications) qu’il avait reçues d’Anès [198], et elle a obtenu de la beauté un habillement rayé, un vêtement magnifique, dont elle se montre p.434 justement fière. (Cela se passa) dans certaines nuits, pendant que je cachais le secret de mon amour sous le voile des ténèbres, (qui auraient été plus profondes) s’il n’y avait pas eu là de jolies figures qui brillaient comme des soleils. Alors notre coupe, cet astre (brillant), se penchait (vers nos mains) et faisait des­cendre sur nous, en ligne directe, ses influences heureuses. (J’avais alors à satisfaire) un désir impérieux dont le seul défaut était de passer en un clin d’œil ; au moment même où notre familiarité avait un peu de douceur, la matinée survenait à l’improviste, ainsi qu’un gardien jaloux qui fait le guet [199]. Sont‑ce les astres (dont la lumière) vient nous surprendre ? ou bien (sont‑ce) les yeux (fleurs) du narcisse dont nous ressentons les effets ? Combien (est heu­reux) l’homme dégagé (de soucis) sur lequel la prairie agit (avec tous ses charmes *401 pendant que) les fleurs profitent de sa distraction (pour s’épanouir), et que, assurées contre ses artifices, elles ne le craignent plus ! Le ruisseau cause avec le gravier (de son lit) et chaque amant se retire à part avec son amie. On voit la rose, fâchée et jalouse (de la beauté de ma bien‑aimée), se revêtir, dans sa colère, de cette (couleur rouge) qu’elle se plaît à porter ; on y voit le myrte agir avec prudence et circonspection, pour entendre, à la dérobée, avec ses oreilles de cheval [200]. Gens de la tribu campée sur le (bord du) fleuve d’El‑Ghada ! vous que j’avais cependant logés dans mon cœur ! la plaine, toute large qu’elle soit, est trop resserrée pour contenir l’amour que je vous porte ; (à la regarder) depuis son bord oriental jusqu’à son bord occidental, elle ne me paraît rien. Rétablissons le pacte d’amitié qui existait (entre nous) autrefois ; délivrez votre captif de son chagrin ; craignez Dieu et rendez la vie à un amant passionné dont l’âme s’exhale, soupir par soupir. Mû par un noble motif, il vous a consacré son cœur ; consentirez‑vous à laisser ce gage dépérir ? Parmi vous il y a une personne *402 qui touche de près à mon cœur et lui inspire des souhaits, bien qu’elle soit loin de moi. Cette lune (pleine de beauté) s’est levée dans l’Occident, et, bien que son aspect soit fortuné, elle porte malheur à celui qui l’aime. L’homme vertueux et le criminel écoutent avec une égale indifférence les promesses (de Dieu) et ses menaces, aussitôt qu’ils ont ressenti de l’amour pour cette belle, aux regards enchanteurs, aux lèvres de miel ; qui, (par ses charmes, pénètre et) parcourt notre âme ainsi que la respiration parcourt (le corps). Elle visa avec sa flèche, nomma (le but qu’elle voulait frapper) et tira son arc ; dès lors mon cœur devint la proie d’une (passion) qui le dévora. Bien qu’elle soit tyrannique et qu’elle p.435 trompe les espérances de l’amant, au point que le cœur de celui-ci est consumé par l’ardeur de la passion, elle est l’objet que l’âme estime le plus : aimer sa maîtresse n’est pas un péché. Ses ordres agissent sur tous les cœurs, sur tous les seins dont elle a fait le tourment, et y trouvent une prompte obéissance. Ses regards dominent sur l’âme avec une puissance absolue. Jamais, pendant que ses amants poussaient leurs derniers soupirs, jamais elle n’a pensé à cet Être qui venge les opprimés en punissant les oppresseurs et qui donne aux âmes ver­tueuses et aux âmes criminelles la rétribution qui leur est due. Qu’a‑t‑il donc, *403 mon cœur ? Chaque fois que le zéphyr fait sentir son haleine [201], une nouvelle passion vient s’y installer ! La tablette qui porte inscrite la destinée de l’amant renferme ces paroles de Dieu [202] : Certes le tourment que j’infligerai sera sévère. (Cette belle) a attiré sur moi les soucis et les maux, de sorte que, entouré de chagrin, j’ai éprouvé des souffrances atroces. (La personne) qui a porté le trouble dans [203] mon cœur et qui l’a enflammé, ainsi que le feu embrase un faisceau de bois des­séché, ne m’a rien laissé de la vie, excepté un dernier soupir [204] qui persiste encore, de même que les dernières lueurs du jour persistent après l’invasion des ténè­bres. Résigne‑toi, mon âme, aux décrets du destin ; emploie le moment actuel à opérer ma conversion et à tourner mon cœur vers Dieu. Ne pense plus aux jours que j’ai passés à reprocher (aux belles leur cruauté) ou à jouir de faveurs qui sont maintenant finies pour moi. Adresse la parole au prince favorisé de Dieu, à celui qui a reçu par inspiration cette grâce qui est annoncée dans le livre saint, à cet homme généreux qui est parvenu au faîte (de la gloire) et qui a grandi (dans les honneurs), au lion du château, au soleil de l’assemblée, à *404 celui sur qui l’aide divine est descendue ainsi que descendirent les révélations que l’esprit de la Sainteté porta (à notre Prophète) [205].
On voit aux odes des Orientaux que ce genre de composition leur coûtait un travail d’esprit pénible. Une des meilleures qu’ils aient pro­duites est celle qui a pour auteur Ibn Sena ’l-Molk [206] et qui est aussi bien connue en Occident qu’en Orient. Elle commence ainsi :
Ma bien‑aimée, ayant enlevé le voile de lumière qui couvrait son visage, te p.436 laisse voir du musc (c’est‑à‑dire des sourcils noirs) sur du camphre (c’est‑à‑dire une peau blanche), au milieu d’une fleur de grenade (c’est‑à‑dire la rougeur des joues). Nuages ! entourez de bijoux (c’est‑à‑dire de fleurs) les couronnes (c’est-à‑dire les bocages) que portent ces collines, et donnez‑leur pour bracelets les détours du fleuve.
Lorsque l’art de composer des odes se fut répandu parmi les Es­pagnols, tout le monde s’y appliqua à cause de la facilité du genre, de l’élégance de sa forme et de la correspondance qui régnait, entre les vers ; et les habitants des villes se mirent à tisser sur ce modèle et à ranger des vers d’après ce système. Ils y employèrent leur dia­lecte ordinaire, celui qui se parle dans les villes, et ne s’y astrei­gnirent pas à l’observation des règles de la syntaxe désinentielle. Ils développèrent aussi une nouvelle branche de poésie à laquelle ils donnèrent le nom de zedjel (ballade) et dont la versification conserve jusqu’à ce jour la forme qu’ils avaient adoptée (au commencement). Dans ce genre de poésie, ils ont produit des pièces admirables, et l’expression des idées y est aussi parfaite que leur langage corrompu le permet. Le premier qui se distingua dans cette voie fut Abou Bekr Ibn Gozman. Il est vrai qu’avant lui on avait récité des ballades en Espagne, mais la douceur du style, la manière élégante dont on y énonçait ses pensées et la beauté dont ce genre de composition était susceptible ne furent appréciées qu’au temps de ce poète. Il vi­vait sous les Almoravides et tenait, sans contredit, la première place *405 parmi les compositeurs de ballades. « Quant à ses zedjel, » dit Ibn Saîd, « je les ai entendu réciter plus souvent à Baghdad que dans les villes de l’Occident. » Il dit ailleurs : « J’ai entendu déclarer à Abou ’l-Hacen Ibn Djahder de Séville, le premier chansonnier de notre époque, que personne, parmi les poètes les plus capables dans ce genre, n’a eu une inspiration pareille à celle qui survint à Ibn Goz­man, le grand maître de l’art. Étant sorti, un jour, avec quelques amis, pour faire une promenade d’agrément, il s’assit avec eux sous un berceau de feuillage, en face duquel se voyait la figure d’un lion, en marbre ; de la gueule de ce lion s’échappait une masse d’eau qui allait p.437 tomber sur une suite de dalles en pierre, formant escalier. Il com­posa sur ce sujet le morceau suivant :
Un berceau établi au‑dessus d’une estrade et lui servant de portique ; et un lion, qui a avalé un serpent gros comme la jambe et qui ouvre la bouche comme un homme qui va rendre le dernier soupir [207]. (Le reptile, ) s’étant échappé de là, va courir sur les dalles en jetant les hauts cris.
Bien qu’Ibn Gozman résidât habituellement à Cordoue, il se rendait très souvent à Séville pour en revoir le fleuve. Un certain vendredi, plusieurs poètes d’une grande réputation comme faiseurs de zedjels s’étaient réunis pour faire une promenade sur l’eau, et avec eux se trouvait un jeune garçon d’une figure charmante et ap­partenant à une des familles les plus riches et les plus respectables de la ville. Étant partis en bateau pour aller à la pêche, ils se mirent à improviser des vers dont cette partie de plaisir faisait le sujet, et Eïça’l-Belid commença, par ces lignes :
Mon cœur désire se soustraire (à la tyrannie de la personne qu’il aime), bien qu’il y ait déjà échappé. Mais l’amour l’a encore ramené dans le voisinage *406 (du danger) [208]. Voyez cet infortuné, accablé du poids de sa misère ; il a l’esprit troublé à cause du grand malheur qui vient de l’atteindre [209]. Certes, il s’attris­tait dans l’absence de ces beaux yeux noirs, et, cependant, ce sont ces yeux noirs qui l’ont amaigri.
Abou Omar Ibn [210] ez‑Zahed, natif de Séville, récita ensuite ce morceau :
Il est pris, ainsi que se laisse prendre celui qui s’abandonne à l’océan de ses passions. Tu vois ce qui l’a jeté dans les maux et les tourments : il eut la fan­taisie de [211] badiner avec l’amour, c’est un jeu qui a fait périr bien du monde.
p.438 Abou ’l-Hacen el‑Mocri, natif de Dénia, prononça ensuite ces vers :
La belle journée ! tous les traits qui la distinguaient me remplissent encore d’admiration. Le vin et les belles circulaient autour de moi  pendant que les amis faisaient la sieste sous les peupliers [212]. Mais ce qui me convenait le mieux [213], c’était (de pêcher) des mulets et (de contempler) ensuite ces beaux yeux.
Abou Bekr Ibn Martin prit ensuite la parole et dit :
Il est donc vrai que tu veux t’embarquer sur ce fleuve charmant, afin d’avoir un entretien avec la personne qui te hait et qui te tyrannise, et (que tu veux *407 aussi prendre) des mulets et (t’amuser à) la pêche ? Ce ne sont pas [214] des poissons qu’elle pêche, mais des cœurs d’hommes ! En voilà dans ses filets !
Abou Bekr Ibn Gozman parla alors et dit :
Quand il (ce jeune homme) relève ses manches pour jeter ses filets, on voit les mulets se précipiter de ce côté‑là. Ils ne s’y élancent pas avec l’intention d’y tomber, mais de baiser ses charmantes petites mains [215].
Vers la même époque, il se trouvait dans l’Andalousie orientale un poète nominé Makhlef el Asoued, qui composa de très jolies chan­sons. Une de ses pièces commence ainsi :
J’ai été pris, moi qui craignais toujours de me laisser prendre ; et l’amour m’a réduit à un état affligeant.
Dans ce poème il dit [216] :
Jusqu’à ce que tu voies sur cette belle [217] et noble joue la rougeur portée à sa dernière limite [218], ô toi qui cherches dans ses yeux la pierre philosophale, (sache que) si elle les dirige [219] vers de l’argent, elle le convertit en or.
p.439 Après eux parut un groupe de poètes dont le chef, qui se nom­mait Medeghlîs [220], eut d’admirables inspirations. C’est ainsi qu’il a dit dans une chanson devenue célèbre :
Quand une pluie fine tombe et que les rayons du soleil frappent avec force, *408 tu verras celle‑là se changer en argent et ceux‑ci en or. Les arbrisseaux boivent et s’enivrent ; les branches s’agitent et frissonnent (de plaisir) ; elles veulent se rapprocher de nous, puis elles cèdent à la honte et se retirent [221].
Parmi ses meilleures chansons on remarque celle‑ci :
Le jour a paru et les étoiles en sont consternées. Lève‑toi avec nous et secouons la paresse. Buvons d’un flacon qui renferme un mélange plus doux, à mon avis, que du miel. O toi qui me blâmes de [222] porter un collier [223], puisse Dieu te revêtir d’un collier à cause de ce que tu as dit ! Tu dis [224] qu’un péché en produit un autre, au grand détriment de l’intelligence. Passe [225] dans le pays du Hidjaz ! cela te conviendra mieux ; que me veux‑tu avec ces vains discours ? Pars en pèle­rinage et visite (la maison sainte), mais permets que je m’adonne librement [226] au (plaisir de) boire. Quand on n’a pas la force [227] ni la puissance d’agir ; les (bonnes) intentions valent mieux que les actes.
Après eux parut à Séville le poète Ibn Djahder. On s’accorde à *409 reconnaître qu’il l’emporta sur tous les autres compositeurs de chansons par une pièce dans laquelle il célébra la conquête de Majorque [228] et qui commence ainsi :
Maudit soit celui qui tire l’épée pour combattre (le dogme de) l’unité (de Dieu) ! Je ne veux avoir aucun rapport avec un homme qui combat la vérité.
p.440 « Je l’ai rencontré, dit Ibn Saîd, ainsi que son élève El-Yâbâ [229], auteur de la chanson si bien connue qui commence ainsi :
 Oh ! que je voudrais [230]  voir ma bien‑aimée afin de lui charmer [231] les oreilles en lui rapportant un petit message : Pourquoi a‑t‑elle emprunté le cou de la ga­zelle et dérobé au perdreau ( ?) sa (petite) bouche ? » »
Après eux vint Abou ’l-Hacen Sehl Ibn Malek, grand maître dans toutes les branches de la littérature. Ensuite, de notre temps, parut mon ami le vizir Abou Abd Allah Ibn el‑Khatîb, le premier poète et le premier prosateur du peuple musulman, sans contredit. Une des meilleures pièces qu’il composa dans ce genre (commence ainsi) :
Mêlez le vin dans les coupes ; versez‑en pour moi et recommencez encore [232]. L’argent n’a été créé que pour être dépensé.
Citons encore un morceau dans lequel il adopta le langage des soufis et le style d’Es‑Chochteri [233] :
Depuis le lever (du soleil) jusqu’à son coucher [234], ç’a été un mélange de chants *410 à l’honneur de l’objet aimé. Celui qui n’avait pas existé est parti et celui qui n’a jamais cessé (d’être) reste [235].
Un autre morceau, composé par lui dans le même style, est celui-ci :
Me trouver éloigné de toi, mon fils, est la plus grande des afflictions ; et quand tu es près de moi, je laisse aller ma barque à la dérive.
p.441 Il y avait en Espagne, du temps d’Ibn el‑Khatîb, un natif de Guadix nommé Mohammed Ibn Abd el‑Adhîm, qui s’était distingué dans ce même genre de poésie. Ayant pris pour modèle la chanson (zedjel) de Medeghiîs qui commence ainsi : Le jour a paru, et les étoiles en sont consternées, il composa le morceau suivant :
Amis de la dissipation ! la saison de la folie est arrivée, maintenant que le soleil est entré dans le bélier (et que l’année commence). Renouvelez, chaque jour, vos joyeux ébats ; ne mettez point d’intervalle entre vos plaisirs. Livrons-­nous aux jouissances près du Xenîl [236], sur ce gazon verdoyant. Ne parlons plus ni de Baghdad ni du Nil ; les lieux où nous sommes me semblent bien plus charmants. On y voit une plaine [237] de plus de quarante milles d’étendue. *411 Que le vent y passe en allant et venant, jamais tu n’y rencontreras la moindre trace de poussière, pas même autant que (la pincée) d’antimoine dont on se noircit les paupières. Comment ne serait‑elle pas ainsi, puisqu’il n’y a pas un en­droit, (gros comme) une feuille de papier, où nous n’envoyions butiner nos abeilles [238] ?
Le genre de poésie cultivé de nos jours chez les habitants de l’Andalousie est la chanson (zedjel) : à tout ce qu’ils composent en vers ils donnent la forme d’une chanson, et dans ces pièces ils em­ploient les quinze mètres reçus ; mais le langage dont ils se servent est leur dialecte vulgaire. C’est là ce qu’ils appellent poésie zedjélienne. En voici un exemple, composé par un de leurs poètes :
Je mettrais des années et des siècles à aimer tes beaux yeux ; mais tu es sans miséricorde [239], et ton cœur ne se laisse pas attendrir. Je voudrais te faire voir ce que mon cœur est devenu à cause de toi : il est comme un soc de charrue au milieu des forgerons. Les larmes coulent [240], le feu est ardent et les marteaux (frappent) de droite et de gauche. Dieu a créé les chrétiens pour (subir nos) p.442 incursions destructives [241], mais toi, tu fais des incursions dans les cœurs de tes amants.
Au commencement du siècle actuel, un des meilleurs composi­teurs en ce genre fut le littérateur Abou Abd Allah el‑Louchi [242]. Une cacîda, dans laquelle il célébra les louanges du sultan Ibn el‑Ahmer, est de cette espèce. La voici :
*412 Le jour a paru [243], lève‑toi, mon compagnon, et buvons ; rions ensuite, après nous être égayés. L’aurore, semblable à un métal fondu, répand une lueur rouge en venant à la rencontre [244] de la nuit ; lève‑toi et verse (à boire). Voilà un (vin) de bon aloi, blanc et sans mélange, c’est de l’argent ; le crépuscule est de l’or. C’est une monnaie qui a grand cours chez les mortels ; c’est à lui que les yeux (des belles) empruntent leur éclat. Le jour, mon ami, est fait pour qu’on puisse gagner sa vie ; mais, par Allah [245] ! la vie des riches se passe bien heureu­sement. La nuit est faite pour les caresses et les embrassements, alors qu’on s’agite sur la couche de l’amour. La fortune, autrefois avare, est devenue libé­rale [246] : autant dans le passé (le pauvre) a goûté, toute l’amertume (de la vie) [247], (autant il est heureux maintenant) en buvant du boneïn [248] et en mangeant de bonnes choses. Un homme qui épiait (mes démarches me) dit : « Quelle merveille ! *413 pourquoi te vois‑je si maigre [249], toi qui es toujours à goûter de l’amour et du vin ? » Mes censeurs [250] furent émerveillés de cette nouvelle ; je leur répondis : p.443 « Vous autres, à qui cela paraît étrange, (sachez que) je ne puis aimer qu’une belle d’un esprit délicat. Faut‑il que je le déclare en invoquant le nom de Dieu [251], ou faut‑il que je l’écrive ? Il n’y a qu’un poète à l’esprit cultivé qui puisse réussir auprès des belles : il subjugue les vierges et triomphe des épousées. — La coupe (de vin) est une chose défendue ; oui, elle est défendue pour celui qui ne sait pas en boire. Les hommes intelligents, les sages et même les libertins obtiendront la rémission de leurs péchés, dans le cas où ils en auront commis. Voyez celle dont la beauté m’a séduit et que je ne puis attirer à moi, même par les paroles les plus flatteuses. Elle est un faon [252] gras à éteindre les braises (sur lesquelles on le ferait cuire), pendant que mon cœur brûle (d’un feu comme) la braise de ghada [253]. (C’est) une gazelle dont les regards percent jusqu’au cœur les lions qui, même auparavant, avaient perdu le jugement [254]. En souriant, elle leur rend la vie, *414 ils rient et se réjouissent [255], après s’être lamentés. (Elle a) une bouche petite [256] comme un anneau et des dents irréprochables ; le prédicateur qui exhorte le peuple [257] demanderait la permission de la baiser. (Ce sont) des perles en­tourées de corail ; quelle rangée, mon ami ! l’ouvrier les mit en ordre sans les percer. (Voyez encore) ces sourcils noirs dont la puissance est irrésistible [258] ! Ceux qui leur trouvent de la ressemblance avec du musc méritent qu’on leur donne tort. Ses cheveux pendent en boucles (aussi noires) que l’aile d’un corbeau et font l’étonnement des nuits (sombres) que je passe loin d’elle. (Ils descendent) sur un corps blanc, de la couleur du lait ; jamais un berger n’a tiré de ses brebis (un lait aussi blanc). Puis deux petites collines, — je n’avais jamais connu au­paravant [259] un marbre [260] semblable ; — voyez combien elles sont dures ! Au‑dessous de ses seins est une taille si mince [261], qu’en voulant la saisir vous craindriez (de p.444 la briser) ; (une taille) plus mince encore que mes sentiments religieux, comme vous le dites ; j’en conviens, votre reproche est juste, et ne le démens pas [262]. Et comment pourrais‑je conserver ma religion auprès d’elle ? Comment garder ma raison ? Ceux qui recherchent ses faveurs perdent l’une et l’autre. *415 Elle a des hanches aussi lourdes qu’un espion (est onéreux) pour un amant qui regarde et qui attend (l’arrivée de sa maîtresse) [263]. Ses belles qualités sont (aussi nombreuses que) celles de notre prince, ou que les grains de sable ; qui donc pourrait les énumérer ? (Ce prince est) le soutien des villes, l’orateur des Arabes ; l’élégance de son langage suffirait pour nous rendre (éloquents comme les an­ciens) Arabes. Il se distingue par un vaste fonds de science et par ses actions ; son talent pour la poésie est admirable ; et quelle superbe écriture ! Comme il est habile à percer de sa lance les poitrines (de ses ennemis) ! Avec quelle force il frappe de son sabre le cou (de ses adversaires) ! Ses qualités, qui saurait les compter, dis‑le‑moi ? — qui saurait les énumérer [264] ? (Il en possède) quatre qui excitent la jalousie du ciel : l’éclat du soleil, la sérénité de la lune, la bien­faisance de la pluie et la dignité des étoiles. Il a pour monture le coursier de la libéralité : il lâche la bride à la fermeté et à la résolution quand il les prend pour montures. Chaque jour il revêt d’une robe d’honneur ceux qui célèbrent ses hauts faits, (et ces robes) leur communiquent un doux parfum [265]. On voit sur tous ceux qui s’approchent de lui les marques de sa bonté ; ceux qui viennent et ceux qui *416 partent [266] ne sont jamais trompés dans leur attente. Il a manifesté (et fait triom­pher) la vérité qui s’était [267] retirée derrière un voile ; la fausseté est impuissante depuis qu’il l’a repoussée [268]. Il a redressé la colonne délabrée de la piété que le temps avait renversée. Autant tu comptes sur ses bienfaits, autant tu as peur en sa présence. Bien que sa figure exprime la bonté, combien elle inspire p.445 de respect ! Quand la guerre fronce les sourcils, il l’aborde en souriant ; et, vainqueur partout, personne au monde ne peut le vaincre. Quand il tire son épée au milieu des réprouvés, il n’a pas besoin de répéter [269] le coup lorsqu’il en a frappé un. Il porte le même nom que l’Élu (Mohammed), et Dieu l’a préféré et choisi pour occuper le sultanat. Tu le vois (toujours agir) en khalife chargé des affaires des musulmans, soit qu’il se trouve à la tête de ses troupes, soit qu’il s’entoure d’un brillant cortège. Quand il donne un ordre, toutes les têtes se baissent devant lui ; oui, assurément, et tous désirent lui baiser la main. Ses fils [270], les Beni Nasr [271], sont les ornements [272] du siècle ; ils s’élèvent vers le faîte de la *417 gloire pour ne plus en descendre. Dans (la carrière des) hauts faits et des nobles actions ils vont bien loin, mais ils se rapprochent (de Dieu) par leur humilité et leur modestie. Que Dieu les conserve tarit que la sphère tournera, tant que le soleil éclairera (le monde) et tant que les étoiles brilleront (dans le ciel) ! Toutes les fois que cette cacîda sera chantée [273] dans les assemblées, cache ta honte [274], ô soleil ! elle (est un astre qui) ne se couchera jamais.
Les habitants des villes, dans le Maghreb, commencèrent ensuite à employer un nouveau genre de poème composé d’hémistiches accouplés à l’instar de l’ode. Le dialecte dont ils s’y servaient fut aussi celui qui est particulier aux villes. On désignait ces pièces par le terme oroud el‑beled (rimes de ville). Celui qui introduisit ce genre chez eux fut un natif d’Espagne et se nommait Ibn Omaïr. S’étant fixé à Fez, il composa un poème sur le plan suivi dans les odes, mais en s’écartant assez rarement des règles de la syntaxe arabe [275]. Cette pièce commence ainsi :
Vers le point du jour, pendant que j’étais sur le bord de la rivière, les gémis­sements de la colombe, perchée sur un arbre du jardin, me firent verser des larmes [276]. La main de l’Aurore venait d’effacer l’encre des ténèbres, et la rosée [277] p.446 découlait des bouches souriantes des fleurs. J’étais allé de bon matin visiter la prairie ; les gouttes d’humidité s’y voyaient répandues [278] comme des perles [279] échappées du collier qui pare le cou d’une jeune fille. L’eau fournie par les *418 norias [280] coulait abondamment, serpentait partout à l’instar des dragons, entou­rant d’un cercle chaque arbre à fruit et cernant comme un anneau le pied de chaque arbrisseau couronné de rameaux. Tout cela formait un bracelet autour du jardin. La rosée déchirait de ses mains les voiles [281] dont s’entouraient les boutons de fleurs, et les zéphyrs en emportaient le parfum. Le teint noir des nuages [282] formait des taches sur l’ivoire du jour ; le zéphyr traînait sa robe (sur les fleurs) en répandant une douce odeur. Je vis (alors) sur une branche [283], au milieu des feuilles, une tourterelle dont les gouttes de rosée avaient humecté les plumes, et qui gémissait comme un amant éperdu d’amour et loin de son pays. Elle s’était enveloppée de son plumage [284] neuf comme d’un manteau, mais elle avait le bec [285] et les pattes teintes en rouge. Elle portait autour du cou un col­lier de pierres précieuses, et se tenait perchée au milieu des rameaux, (triste) comme un amant affligé, ayant pour oreiller une de ses ailes et pour cou­verture l’autre [286]. Elle se plaignait de l’ardeur qui consumait son cœur, et, dans sa (douleur), elle serrait son bec contre sa poitrine et poussait des cris. Je lui dis : Colombe, tu empêches mes yeux de goûter le sommeil ; dis‑moi, ne *419 cesseras‑tu pas de te lamenter et de verser des larmes ? Elle répondit : J’ai pleuré au point d’épuiser mes larmes, et je n’en ai plus à verser. Pendant toute ma vie je me lamenterai [287] de la perte d’un de mes petits qui s’est envolé de chez moi pour ne plus revenir [288] ; cela m’a habituée au chagrin et aux larmes depuis [289] le temps de Noé. Voilà, disais‑je, comment on remplit son devoir ; voilà la fidélité. (Elle répondit) : Voyez mes paupières devenues (rouges) comme des blessures ! Mais, parmi vous autres hommes, celui qui est dans l’affliction dit au bout d’une année : Cela m’ennuie de pleurer et de me lamenter. Je lui dis : Colombe ; si tu étais plongée dans l’océan des souffrances, tu pleurerais [290] sur moi, en ver­sant des torrents de larmes, et, s’il y avait dans ton cœur ce (feu brûlant) qui p.447 est dans le mien, les branches, qui te portent seraient réduites en cendres [291]. Aujourd’hui, depuis combien d’années n’ai-je pas souffert les peines (de l’absence ! Elles m’ont tellement amaigri), que les yeux des autres sont absolument inca­pables de me voir. (Le chagrin) a revêtu mon corps de maigreur et de maladie, et cette maigreur me dérobe aux regards des observateurs. Si la mort [292] voulait *420 venir à moi, je mourrais (volontiers) à l’instant même ; celui qui est mort, sache‑le bien, jouit enfin du repos. Elle répondit [293] : Mes larmes, en se détei­gnant [294] sur la blancheur (de mes plumes), ont posé sur mon cou le collier de la fidélité, (et il y restera) jusqu’au jour de la résurrection. Quant à l’extrémité de mon bec, l’histoire de son (accident) est répandue partout : elle est comme un morceau de braise (qui reste encore allumé) après que le corps a été réduit en cendres [295]. Les colombes de toute espèce me plaignent [296] et pleurent sur moi ; celui qui est accablé par le dédain et par l’aversion (de la part de sa bien‑aimée) manifeste ouvertement (les peines qu’il souffre). Adieu au monde et, à son éclat, puisque je n’y ai trouvé ni tranquillité ni repos.
Les habitants de Fez admirèrent beaucoup ce poème et l’accueil­lirent avec empressement. Ils en composèrent d’autres sur le même modèle, mais en y négligeant les règles de la syntaxe désinentielle, science qui n’était pas leur affaire. Ce genre de composition se ré­pandit chez eux, et plusieurs de leurs poètes y montrèrent un grand talent. On l’a distingué en plusieurs espèces, telles que le mozaouwedj (l’accouplé), le kazi [297], la melaba, et le ghazel (le madrigal). Les noms diffèrent selon la manière dont les vers y sont accouplés, selon les mesures employées et selon le but que l’auteur avait en vue. Voici un mozaouwedj composé par Ibn Chodjaâ, qui était un de leurs grands poètes et natif de Taza [298] : p.448 *421
L’argent fait l’ornement (de la vie) de ce monde et l’orgueil des âmes ; il égaye des visages qui n’étaient pas portés à la gaieté. L’homme qui possède des deniers en quantité obtient (partout) la parole et la place d’honneur [299]. Celui qui a beaucoup d’argent est un grand homme, bien qu’il ait peu de mérite, et l’individu le plus honorable d’une tribu est un mince personnage s’il est devenu pauvre. Voilà ce qui me serre le cœur ; voilà ce qui y porte le trouble ; cela suffirait pour le briser si je ne m’étais résigné aux décrets de la providence. Quand un grand, celui qui est le chef de son peuple, est obligé de chercher asile [300] auprès [301] d’un homme sans naissance et sans considération, un tel renver­sement doit nécessairement nous attrister. Dans la contrariété que j’en éprouve, je me voile la tête [302] avec ma robe. Ce sont alors les queues qui se mettent devant les têtes ; c’est la rivière qui demande au ruisseau [303] un peu d’eau. Est‑ce la fai­blesse des hommes qui en est la cause, ou bien la malice de la fortune ? On a *422 bien des reproches à faire, mais on ne sait à qui les adresser. Voilà qu’aujour­d’hui on donne le titre de père d’un tel (Bou Folan) à celui qui (hier) se nommait (simplement) un tel (Folan[304] ; et si tu voyais comment (il se pavane) avant de répondre à ce qu’on lui demande ! Nous avons vécu, Dieu merci, assez longtemps pour voir de nos propres yeux des âmes de sultans (renfermées) dans des corps de chiens. Des hommes d’une grandeur d’âme tout à fait extraordinaire restent presque sans appui ; ils se trouvent d’un côté, et l’honneur qu’ils méritent se trouve d’un autre. Le peuple voit que les (riches) sont des ânes [305], et cependant il les regarde comme les notables de la ville et les fermes appuis (de l’État) [306].
Voici encore un mozaouwedja du genre qui est reçu chez eux ; il a pour auteur leur compatriote Ibn Chodjaâ :
Il se fatigue (inutilement) celui dont le cœur s’attache aux belles de nos jours. p.449 Prends garde à toi, ami ! (ne souffre pas) que la beauté te prenne pour son jouet. Aucune belle n’a fait une promesse sans l’avoir rompue ; il y en a bien peu à qui tu puisses te confier et qui aient confiance en toi. Elles traitent leurs amants avec dédain, résistent (à leurs prières) et cherchent, de propos délibéré, à briser les cœurs des hommes. Qu’elles contractent une liaison, elles la bri­seront sur‑le‑champ ; qu’elles fassent une promesse, elles la rompront dans tous les cas. *423 Il y avait [307] une belle que j’aimais et dont mon cœur était épris ; j’aurais donné la peau de mes joues pour lui en faire des sandales ; j’avais disposé dans le centre de mon cœur un lieu pour l’a recevoir, et je disais : O mon cœur ! traite avec honneur celle qui vient loger chez toi. Elle traita comme une baga­telle les humiliations qu’elle [308] t’imposait, et te fit subir tout ce qu’il y a de redoutable dans l’amour.  Je lui avais donné plein pouvoir sur moi ; je consen­tais à la reconnaître pour la maîtresse (de mon cœur). Oh ! si vous aviez vu dans quel état j’étais quand je la voyais [309] ! Je savais à l’instant à quoi tendait chacune de ses pensées [310], et je devinais ses souhaits avant qu’elle les eût exprimés ; j’usais de toute mon adresse pour satisfaire à ce qu’elle désirait, quand même c’eût été de faire de l’huile au printemps ou d’éplucher (du blé) pendant qu’il fait nuit. J’irai la voir, quand même elle serait à Ispahan ! N’importe tes remontrances, il faut que je lui dise : « (Ton amant) vient te visiter. »
(Cela continue sur le même ton) jusqu’à la fin de la pièce.
Un autre de ces poètes vivait à Tlemcen et se nommait Ali Ibn el‑Mouedden : Dans ces derniers temps il y avait à Zerhoun, près de Mik­néca *424 (Mequinez), un nommé El‑Kefîf qui s’était distingué par le talent vraiment original qu’il déploya dans toutes les branches de ce genre de composition. J’avais appris par cœur quelques‑unes de ses pièces, et, parmi celles qui sont restées dans ma mémoire, il y en a une qui a pour sujet la marche des Mérinides vers l’Ifrîkiya, sous la conduite du sultan Abou ’l-Hacen. Le poète, après avoir blâmé cette p.450 expédition, parle de leur défaite à Cairouan [311] et les console de cet échec en leur citant les malheurs qui sont arrivés à d’autres peuples. Son poème est une espèce de melaba, et offre, au commencement, un bel exemple de la figure de rhétorique appelée beraât el‑istihlal (bonté de l’exposition), et qui consiste à faire sentir la tendance d’une pièce tout d’abord et dès le début même. En voici le commencement :
Gloire à celui qui, dans tous les temps, dirige à son gré les intentions des rois ! Si nous lui montrons notre obéissance, il nous accorde un secours efficace, et si nous transgressons ses ordres [312], il nous inflige tous les genres d’humiliation.
Le poète continue dans le même style jusqu’à ce qu’il entre en matière ; alors il demande, en ces termes, ce qu’était devenue l’armée du Maghreb :
Fais partie d’un troupeau, quelque petit qu’il soit, plutôt que d’en être le berger ; le berger doit répondre de son troupeau. Invoquons, dans l’exorde la bénédiction de Dieu sur celui qui appela les hommes à l’islamisme, sur l’agréé de Dieu, sur le Prophète exalté et parfait [313], puis sur les khalifes bien dirigés, puis sur les successeurs (des Compagnons) [314] ; ensuite [315], parle de qui tu veux et dis : *425 O pèlerins qui avez pénétré dans le Sahra et qui savez décrire les pays et leurs habitants ! l’armée de Fez, si brillante [316], si belle, où est‑elle passée d’après la ferme volonté du sultan ? Pèlerins, je vous le demande, au nom du Prophète [317] dont vous avez visité le tombeau, et à cause de qui vous avez traversé les collines du, désert, qu’est devenue l’armée maghrébine qui a disparu dans la noire Ifrîkiya ? (qu’est devenu) celui qui vous avait donné des provisions en abondance et qui, par ses dons) avait répandu le bien‑être jusque dans le pays du Hidjaz [318] ?
*428 Le poète se met alors à décrire la ligne de marche suivie par les p.451 troupes, et finit par raconter la dernière expédition du sultan, celle *429 qu’il avait entreprise contre les Arabes nomades de l’Ifrîkiya (et qui lui fut si désastreuse). Ce poème renferme des pensées et des tournures très originales.
Les Tunisiens aussi avaient inventé un genre de melaba, dans la­quelle ils se servaient de leur dialecte vulgaire [319] ; mais la plupart de leurs pièces sont si mauvaises, que je ne m’en rappelle plus une seule.
Il y avait à Baghdad, chez les gens du peuple, un genre de poème qu’ils nomment mewalîa [320] et qui renfermait plusieurs espèces désignées par les termes haufi, kan‑wa‑kan, dou‑beïteïn [321], etc. La diversité de ces dénominations provenait de la diversité des mètres qu’ils avaient l’habitude d’employer : aussi chaque espèce a‑t‑elle son nom particu­lier. Celle qui est la plus usitée est le mozaouwedja (accouplé), pièce composée de quatre ghosn (ou vers).
Les gens de Misr et du Caire ont suivi l’exemple de ceux de Bagh­dad. On remarque beaucoup de traits originaux dans les pièces de leur composition, les auteurs ayant mis à contribution les tournures de l’idiome vulgaire pour exprimer leurs idées. Aussi ces produc­tions sont‑elles très remarquables.
[J’ai trouvé [322] dans le Diwan d’Es‑Safi el‑Hilli [323] un passage que je reproduis ici dans les paroles de l’auteur ; « La mewalîa est du mètre nommé besît, et se compose de quatre ghosn ayant des rimes (iden­tiques [324]). On la nomme aussi saut (voix, son) et beïteïn (quatrain) [325]. Ce p.452 furent les habitants d’Ouacet qui, les premiers, imaginèrent ce genre de poème. Le kan‑wa‑kan se compose de (quatre) chatr (lignes, hémis­tiches) ayant tous la même rime, mais étant de mesures différentes ; le premier chatr de chaque vers est plus long que le second. La lettre qui forme la rime doit être précédée d’une des lettres faibles ﺍ , ﻮ , ﻯ. Ce furent les gens de Baghdad qui inventèrent la mewalîa. On nous a récité une pièce de ce genre (qui commence ainsi) : Dans un signe *430 fait avec les sourcils il y a un discours qui explique (la pensée) et la fait entendre à Omet el‑Akhras [326] ; cette pièce est dans le dialecte de Kho­raçan.] » Fin de l’extrait. Voici ce que je me rappelle de plus remar­quable parmi les morceaux de cette espèce :
Regarde ma blessure qui saigne encore ; (sache, ) mon cher frère, que l’as­sassin s’amuse à la campagne. On m’a dit : « Tu pourras te venger ». J’ai ré­pondu : « Cela serait mal ; la personne qui m’a blessé [327] me guérira ; cela sera mieux ».
Un autre poète a dit :
Je frappai à la porte du pavillon, et une femme dit : « Qui frappe ? » Je répon­dis : « Un affligé, point voleur ni brigand. » Elle sourit, et l’éclat de ses dents brilla devant mes yeux ; je m’en retournai, tout ébloui et noyé dans l’océan de mes larmes.
Un autre a dit :
Je me rappelle le temps où elle redoutait notre séparation et disait, lorsque l’amour m’arrachait des plaintes : « (Sois tranquille !) je donnerais mes yeux pour racheter ta vie. » Un beau jeune homme lui donna dans l’œil [328] ; je lui rappelai sa promesse et elle répondit : « Je suis ta débitrice [329]. »
p.453 Un autre a décrit le hachich [330] en ces termes : *431
Une (drogue) dont je m’enivre en cachette, pendant que je ressens encore les effets qu’elle a produits. Avec elle nous pouvons nous passer de vin, de ca­baretier et d’échanson. Elle est méchante, et sa méchanceté contribue à entre­tenir le feu qui me dévore. Je la cachai dans mon estomac, mais elle se montra dans mes yeux.
Un autre a dit :
O toi dont la rencontre fait dire aux amants [331], bravo ! jusqu’à quand tour­menteras‑tu ce cœur par ton dédain ? Aïe ! hélas ! tu m’as frappé au cœur avec ton va‑t‑en ! et la patience, plût au ciel (que j’en eusse) ! Le monde est à mes yeux une chose qui fait dire fi ! quant à ta personne, chut [332] !
Par un autre :
Je disais à cette belle, lorsque la canitie avait totalement envahi ma tête : « Ma petite mère ! accorde‑moi un baiser à cause de mon amour. » Elle répondit, après avoir laissé dans mon cœur une douleur brûlante : « Que veut dire du coton sur la bouche d’un homme vivant [333] ? »
La pièce suivante est d’un autre poète :
Elle me regarda en souriant, et les averses de mes larmes tombèrent avant [334] que son éclair (c’est‑à‑dire l’éclat de ses dents) eût paru. Elle ôta son voile et *432 je crus voir la lune à son lever. Elle répandit (sur ses épaules) les ténèbres de ses cheveux, et mon cœur s’égara dans ce labyrinthe. Elle me dirigea enfin au moyen d’un fil blanc formé par la raie de sa chevelure.
Voici un morceau par un autre poète :
Chamelier ! pousse nos montures en avant, et arrêtons‑nous, avant l’aurore, p.454 auprès de la demeure où habitent nos bien‑aimées. Crie [335] alors dans (le campe­ment de) la tribu : « Celui qui veut une récompense, qu’il vienne prier sur le mort que le dédain a tué. »
Un autre a dit :
Ces yeux avec lesquels je t’ai regardée ont passé la nuit à contempler les étoiles et à s’alimenter de l’insomnie. Les flèches de la séparation n’ont pas man­qué de m’atteindre ; ma tranquillité d’esprit est morte ; que Dieu t’en accorde une abondante récompense !
Par un autre :
Belles filles qui êtes si tyranniques [336] ! j’aimais dans votre village un faon qui tourmentait les lions féroces en leur donnant des soucis ; un tendron qui, en se balançant (avec grâce), captivait les cœurs des jeunes vierges, et qui, en se découvrant la figure, ôtait à la lune le droit de lui être comparée.
Voici une des pièces qu’on nomme dou‑beïteïn :
*433 Celle que j’aime jura par le Créateur que, chaque nuit, elle enverrait son image me visiter pendant mon sommeil. O feu du désir que j’éprouve pour elle ! brûle vivement pendant la nuit ; ta lumière servira peut‑être pour la guider.
Il faut maintenant savoir que, pour acquérir le genre de goût au moyen duquel on apprécie la valeur des expressions employées, dans l’un ou l’autre de ces dialectes, pour énoncer des idées, il faut s’être familiarisé avec ce dialecte, s’en être servi très souvent et avoir beau­coup conversé avec le peuple qui le parle. C’est ainsi qu’on acquiert la faculté de manier un idiome quelconque, ainsi que nous l’avons dit en traitant de la langue arabe. Aussi les Espagnols ne compren­nent‑ils pas la force des termes qui s’emploient dans la poésie des Maghrébins ; ceux‑ci ne saisissent pas bien la valeur des expressions qui se rencontrent dans la poésie des Orientaux et dans celle des Es­pagnols ; les Orientaux, de leur côté, n’entendent pas les expressions p.455 usitées dans la poésie de l’Espagne et dans celle du Maghreb. En effet, l’idiome parlé dans chaque pays diffère, par sa phraséologie, de ceux dont on se sert ailleurs ; les habitants de chaque ville com­prennent la force des expressions usitées dans le dialecte de cette ville et se trouvent ainsi en état de goûter les poèmes de leurs com­patriotes. Et dans la création des cieux et de la terre, ainsi que dans la diversité de vos langues et de vos couleurs, il y a des signes (instructifs) pour toutes les créatures. (Coran, sour. XXX, vers. 21.)
Nous étions sur le point de nous écarter de notre sujet, quand nous nous sommes décidé à mettre fin au discours que nous avons tenu dans cette première partie de notre ouvrage [337], discours qui a eu pour objet la nature de la civilisation et les accidents qui s’y présentent. J’ai traité d’une manière qui me paraît suffisante les divers problèmes qui se rattachent à cette matière. Il viendra peut‑être après moi une personne qui, ayant reçu de Dieu un jugement sain et une science *434 solide, entreprendra l’examen d’autres questions bien plus nombreuses que celles dont nous avons parlé. Car celui qui a établi pour la pre­mière fois une branche de science n’est pas tenu de traiter tous les problèmes qui s’y rattachent ; il n’a d’autre obligation que de faire connaître l’objet de cette science, les principes d’après lesquels on la divise en plusieurs parties et les observations auxquelles elle a donné lieu. Ceux qui viendront après lui ajouteront graduellement d’autres problèmes à cette science, jusqu’à ce qu’elle ait acquis toute sa perfec­tion. Dieu sait, et vous ne savez pas.
[A la fin de l’exemplaire dont ceci est la copie on lit ce qui suit :] [338] L’auteur de cet ouvrage dit : « J’ai terminé la composition de cette pre­mière partie, renfermant les Prolégomènes, en l’espace de cinq mois, dont le dernier fut celui qui marque le milieu de l’an [339] 779 (octobre 1377 de J. C.). Je l’ai ensuite mis en ordre et corrigé ; j’y ai ajouté p.456 l’histoire de tous les peuples, ainsi que j’en avais pris l’engagement dans ma préface. Et la science ne saurait provenir que [340] de Dieu, le puissant et le sage !


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[1] C’est dans la Rhétorique qu’Aristote fait l’éloge d’Homère, mais on sait que les Arabes rattachèrent ce traité à celui de la Logique.
[2] Il est évident que notre auteur parle ici des anciens Himyarites ; mais, à son époque, rien ne restait de leur langue excepté un très petit nombre de mots. Ce peuple a pu avoir des poètes, mais les Arabes ne connurent presque rien, ni de leur histoire, ni de leurs poèmes.
[3] C’est‑à‑dire les syllabes longues et brèves.
[4] L’auteur, en suivant une théorie pré­conçue, partage le peuple arabe en quatre grandes races. La première, qu’il désigne par le nom d’Arabes arabisants (c’est‑à‑dire les Arabes de race pure), se composait d’Amalékites, d’Adites, de Tamoudites et d’autres tribus descendues d’Arem et de Lud, fils de Cham. Cette race s’éteignit à une époque très reculée. La seconde race, appelée Arabes arabisés, descendait de Hi­myer, fils de Saba. La troisième se com­posait des Arabes successeurs des Arabes, c’est‑à‑dire des descendants de Codaa, de Cahtan et d’Ismaïl. Ce furent eux qui fon­dèrent l’empire musulman. Les Arabes de la quatrième race, ayant laissé leur langue s’altérer par la suppression d’une grande partie des inflexions grammaticales et par l’introduction d’éléments étrangers ou bar­barismes, sont désignés dans cet ouvrage par le nom d’Arabes barbarisants. Ce sont eux qui, de nos jours, habitent l’Arabie, la Syrie, l’Égypte et l’Afrique septentrio­nale.
[5] Le passage mis entre crochets ne se trouve que dans le manuscrit A et la traduction turque. Le mot hauraniya signi­fie hauranien (composé par les Arabes de la province de Hauran en Syrie) ; par le terme caïsiya, on désignait les poèmes composés par les Arabes de la tribu de Caïs, et ceux‑ci se tenaient ordinairement dans le Hauran.
[6] Littéral. « formant quatre branches ».
[7] Pour ﺔﻳﻮﺭ , lisez ﻪﻴﻮﺭ .
[8] Dans les morabbâ, ou quatrains, on ajoutait à chaque hémistiche d’un ancien poème trois hémistiches nouveaux, afin d’en développer la pensée ou de la modi­fier. Le mokhammès, ou quintain, ressem­blait au morabbâ, mais se composait de cinq hémistiches.
[9] Les manuscrits portent ﻥﻮﺭﺿﺎﺗﻤﻠﺍﻮ  avec la conjonction.
[10] J’avoue que je partage l’opinion des savants musulmans au sujet de ces poèmes. On verra, par les échantillons que l’auteur va nous en donner et dont il a ramassé une grande partie chez les Arabes bédouins de l’Afrique septentrionale, que le style est très incorrect et souvent très obscur, que les règles de la grammaire et de la prosodie n’y sont pas respectées, et que le langage dans lequel ils sont écrits dif­fère beaucoup de l’ancien arabe et même de l’arabe vulgaire, tel qu’on le parle de nos jours. Les morceaux africains appar­tiennent au dialecte d’une tribu qui avait longtemps habité la province de Bahreïn en Arabie, et qui s’était toujours fait re­marquer par la rudesse de ses mœurs et l’incorrection de son langage. Ces pièces ont cependant une certaine importance, puisqu’elles montrent qu’au Ve siècle de l’hégire les formes de l’arabe vulgaire étaient déjà usitées chez les Arabes no­mades : nous y trouvons elli mis pour elledi, elleti, elledîn, etc. ândou pour an­dahou, liya pour li, mecherta pour mech­reta, etc.
[11] Pour ﺎﻣﻨﺍ ﻮ , lisez ﺎﻣﻨﺍ .
[12] Pour ﺩﻭﺼﻗﻣﻠﺍ , lisez ﺩﻭﺻﻗﻣﻠﻠ .
[13] A l’exemple du traducteur turc, je n’essaye pas de rendre les mots ﻪﻳﻔ ﺪﻭﺠﻮﻠﺍ ﻥﻣ . Je crois, cependant, qu’ils signifient correspondance qui provient des qualités qui existent dans cette langue.
[14] Le refâ est la voyelle finale qui marque le cas nominatif dans les noms et l’aoriste du mode indicatif dans les verbes.
[15] Le nasb désigne le cas accusatif des noms et le mode subjonctif de l’aoriste des verbes.
[16] C’est‑à‑dire : la consonne finale du mot ne prend pas de ces voyelles qui ser­vent à indiquer des rapports grammaticaux.
[17] On sait qu’au milieu du Ve siècle de l’hégire El‑Mostancer, le khalife fatémide qui régnait au Caire, envoya plusieurs tribus arabes contre El‑Moezz Ibn Badîs, son lieutenant en Ifrîkiya, lequel s’était mis en révolte contre lui. Ces Arabes comptaient alors parmi leurs chefs Hacen Ibn Serhan, Bedr Ibn Serhan, Fadl Ibn Nahed, Madi Ibn Mocreb, Dîab Ibn Gha­nem, Tholeïdjen Ibn Abès, Zeid el‑Ad­djadj Ibn Fadel, etc. Les poèmes que notre auteur va donner font mention de quel­ques‑uns de ces chefs. Pour les détails de cette invasion, voyez l’Histoire des Berbers, t. I, p. 28 et suiv. Voici ce que notre au­teur y dit (p. 41) au sujet du cherîf Ibn Hachem et de ces poèmes : « On conserve chez les Arabes hilaliens des récits fort cu­rieux relativement à leur entrée en Ifrîkiya. Ainsi ils prétendent que le chérif Ibn Ha­chera, prince du Hidjaz, et appelé, selon eux, Chokr Ibn Abi ’l-Fotouh, contracta une alliance avec leur chef, Hacen Ibn Serhan, dont il épousa la sœur, El‑Djazia, et que de ce mariage naquit un fils appelé Mohammed. »
« Des querelles et des dissensions s’étant ensuite élevées entre le cherîf et les mem­bres de la tribu, ceux‑ci prirent la résolu­tion de passer en Afrique ; mais, d’abord, ils usèrent de ruse afin de pouvoir emmener la femme du cherîf. D’après leurs conseils, elle demanda à son mari la permission d’aller visiter ses parents. Il y donna son consentement et l’accompagna jusqu’au lieu où la tribu était campée. On partit alors, emmenant le cherîf et son épouse, avec l’intention apparente de le conduire à un endroit où l’on se livrerait, le lende­main, au plaisir de la chasse, et de re­venir au lieu du campement aussitôt que les tentes y seraient dressées de nouveau. Tant qu’ils se trouvaient sur le territoire du cherîf, ils lui cachaient leur véritable projet ; mais, lorsqu’ils eurent atteint les terres situées hors de la juridiction de ce chef, ils le renvoyèrent à la Mecque, le cœur rempli de douleur en se voyant en­lever la personne qu’il aimait tant. Sa femme continua à ressentir pour lui un amour égal à celui qui le tourmentait, et elle mourut enfin, victime de sa passion. Encore aujourd’hui, dans la tribu de Hilal, on raconte au sujet de ces deux amants des histoires à faire oublier celles de Caïs et de Kotheiyer. On rapporte aussi un grand nombre de vers attribués au cherîf et à sa femme. Bien que ces morceaux ne manquent pas de régularité et de cadence, ainsi que de tournures, soit naturelles, soit artistiques, on y remarque des inter­polations, des altérations et des passages controuvés. Les règles de la syntaxe dési­nentielle y sont tout à fait négligées ; mais nous avons dit dans nos Prolégomènes que l’absence des inflexions grammaticales n’in­flue nullement sur la juste expression de la pensée. Il est vrai que les gens instruits, habitants des villes, n’aiment pas à en­tendre réciter de tels poèmes, parce que les désinences grammaticales y manquent ; un tel défaut, selon leur idée, est radica­lement subversif de la précision et de la clarté ; mais je ne suis pas de leur avis. Ces poèmes, avons‑nous dit, renferment des interpolations nombreuses, et, dans l’absence de preuves qui pourraient mon­trer qu’ils nous ont été transmis fidèle­ment, on ne doit y mettre aucune con­fiance. Il en serait bien autrement si nous avions la certitude de leur authenticité et l’assurance que la tradition orale les eût conservés dans leur intégrité primitive : alors on y trouverait des passages propres à confirmer l’histoire des guerres de cette tribu avec les Zenata, à déterminer les noms de ses chefs et à établir bien des cir­constances qui la regardent. Quant à nous, il nous est impossible d’admettre que le texte de ces poèmes se soit conservé intact : nous pensons même que tout esprit cultivé y reconnaîtra facilement des passages in­terpolés. Quoi qu’il en soit, les membres de la tribu de Hilal s’accordent, depuis plusieurs générations, à regarder comme vraie l’histoire du cherîf et d’El‑Djazia ; et quiconque serait assez hardi pour en con­tester l’authenticité, ou même exprimer des doutes, s’exposerait à être traité de fou et d’ignorant, tant cette tradition est générale chez eux. »
[18] Ce morceau est d’un style très bar­bare ; aussi les copistes ne le compre­naient‑ils pas, et ils ont, en le transcrivant, altéré le texte presque partout. L’édition de Paris nous fournit un grand nombre de variantes, bien qu’elle ne reproduise pas toutes celles qui se trouvent dans les manuscrits C et D. La traduction turque offre un texte qui ne s’accorde pas toujours avec celui de l’édition de Paris, et donne aussi en marge une série de nouvelles va­riantes. Le texte de l’édition de Boulac a été retouché par un copiste qui, évidem­ment, n’entendait rien aux vers qu’il avait sous les yeux. Malgré l’extrême difficulté de ce morceau, dont presque chaque mot est douteux, je crois en avoir saisi le sens dans la plupart des cas. J’en donne ici la transcription en caractères romains afin de faire sentir la valeur et la position des voyelles qui ne sont pas exprimées dans le texte, et j’y ai intercalé les variantes que j’ai cru devoir adopter. Bien que cette pièce ne se laisse pas scander d’a­près les règles ordinaires, on verra que chaque vers se compose de trois pieds de quatre syllabes ; dans les deux premiers pieds, toutes les syllabes sont ordinaire­ment longues ; dans le dernier pied, l’an­tépénultième syllabe est brève, et la pre­mière syllabe est quelquefois supprimée. Au reste, je crois que la pièce n’est pas authentique :
Gal Bou ’l-Hidja [ﺎﺟﻳﻬﻠﺍ ﻮﺒﺍ ﻞﺎﻗ] ’s‑cherif ben Hachem âl
Elli tera kebdo chekat min zefîrha ;
Ifezz lil‑eilam aïn marrat [ﺖﺭﻤ ] khatro [ﻩﺭﻂﺎﺧ]
Irîd gholam el‑bedo ilwi asîrha.
Ou m’da chekat er‑rouh memma tera leha
Ghadat oudaya [ﻊﻴﺍﺪﻮ], tellef Allah khebîrha !
Tehess an gattaân, madi dhemîrha,
Bi mcherteto hindawi [ﻮﺍﺪﻨﻫ] safi dekîrha ;
Ou adet kema khowara fi yeddi ghacèl,
Ala methèl chouk et‑Talh ânfo licîrha.
Yedjabedouha ‘tsnîn ou el‑frâ bînhom
Ala souko [ﻪﻜﻮﺴ]loghdou ’l-begaya [ﺎﻳﺎﻗﺒﻠ] djerîrha.
Ou djat demouâi, darefat [ﺖﺎﻔﺮﺍﺬ], kéanha [ﺎﻬﻨﺎﻜ]
Bi-yedîn douwar es‑souani yedîrha.
Tedarek minha’l‑djomm [ﻢﺟﻟﺍ ] hadran ou zadha
Mozoun tedji mterakeba min sebîrha.
Tesobb min el‑guiâni min djanb es‑Sefa
Aïouna oua lemhan [ﻥﺎﺣﻣﻠ] el‑berk fi ghazîrha.
Had el‑ghena metta tesabît âzoua [ﺓﻮﺯﻋ].
Nahat [ﺖﺣﺎﻨ] minni Baghdad hatta fekîrha.
Ou nada ’l-monadi bi ’r‑rahîl oua cheddedou [ﺍﻮﺪﺪﺷ]
Oua ârredj ârîha âla mstâîrha.
Seddan leha’l‑an ya Dîab ben Ghanem !
Ala yeddîn Madi ben Mogreb sîrha.
Oua gal lehom Hacen ben Serhan : Gharribou
Ou sogou ’n‑nedjwâ en kan ana houa ghafîrha.
Ou irkos oua indeh [ﻩﺪﻨﻴ] bînha [bi]’l‑Thaïdj [ﺞﻴﺎﺛﻠﺎﺒ]
Oua bi-lehmîn [ﻦﻴﻬﻣﻠﻠﺎﺑ] la iohdjezou [ﺍﻮﺯﺟﺣﻴ] fi maghîrha
Ghaderni Zîan es‑semîh ben Abès,
Oua ma kan yerda zîn Hemîr oua mîrha.
Ghaderni ouh zâma sedîki ou sahbi,
Ou ana liya ma m’dergeti ma nedîrha.
Ou rdjâ igoul lehom Belal ben Hachem :
Nedjîr el‑bla oua [ﻭ ﻼﺑﻠ ]’l-âtcha ma nedjîrha !
Haram âliya bab Baghdad oua ardha,
Dakhel oua la âoued, rekbi [ﻰﺒﻜﺮ] nefîrha.
Teseddef rouhi ân belad Ben Hachem
Ala ’s‑chims aou nzel el‑gada min hedjîrha !
Oua batet nîran el‑adhari couadeh,
Bi-Loud [ﺬﻭﻠﺒ] ou bi-Khordjan [ﻦﺎﺠﺮﺧ] ich‑dou acîrha.
[19] Littéral. « qui tord, ou comprime, ce qui en avait été comprimé ».
[20] Le mot michreta (ﺔﻁﺭﺷﻤ), ou, selon la prononciation vulgaire, mecherta ou em-cherta, signifie « un bistouri » ; le ouaou final du mot ﻮﺗﻁﺭﺷﻣﺒ représente le pronom affixe de la troisième personne masculine.
[21] Le texte des deux derniers vers n’est pas bien certain ; aussi la traduction est-elle très hasardée.
[22] Es‑Sefe est le nom d’un endroit de la montagne appelée Abou Cobaïs et située près de la Mecque.
[23] On sait que les Arabes avaient beau­coup de noms pour désigner la ville de la Mecque. Ces vers montrent, il me semble, que Baghdad était un de ces noms.
[24] Peut‑être devons‑nous lire ﺎﻫ ﺮﻳﺎﻋ  à la place de ﺎﻬﻴ ﺮﺎﻋ , et traduire ainsi : « Et les prêteurs dans la tribu importunaient les emprunteurs. »
[25] Ces derniers vers ont été traduits par conjecture.
[26] Ce personnage se nommait aussi Tho­leïdjen et appartenait à la tribu de Himyer. (Voy. l’Histoire des Berbers, vol. I, p. 38 de ma traduction.)
[27] Dans l’usage vulgaire, le mot ﺮﻴﻣﺣ  (Himyer) se prononce Hemîr.
[28] Khordjan est le nom d’un défilé près de Médine. La position de Loud est in­connue au traducteur.
[29] Il faut lire ibn_III_411a.
[30] Lisez ﻢﻬﻋﺮﺎﻗﻤ , avec tous les manuscrits.
[31] La province du Zab se composait du Hodna, pays dont la ville principale est maintenant Bou Saada, et du Zîban (pl. de Zab), pays dont la capitale est Biskera.
[32] Ce poème est du mètre taouîl, mais on y remarque plusieurs irrégularités. Le premier pied se compose quelquefois de deux syllabes longues. Les voyelles finales ne s’y emploient pas toujours, et le dernier pied de chaque second hémistiche est mo­keiyed.
[33] Variante ﻰﺣﻠﺍ ﺓﺎﺗﻔ ﻞﻮﻗﺗ , c’est‑à‑dire « les jeunes filles de la tribu disent ». Le mot ﺎﻬﻀﺎﻫﻮ  se trouve dans tous les ma­nuscrits, mais la signification m’est in­connue.
[34] « Lors de l’invasion des Arabes hila­liens, dit notre auteur dans son Histoire des Berbers (t. III, p. 271), Tlemcen obéis­sait à un souverain zenatien, appartenant à la famille des Beni Yala et nommé Bakhti. Il eut pour vizir et général un Ifrénide ap­pelé Abou Soda Khalîfa. (Dans la traduction, le mot Ibn est à supprimer.) Cet of­ficier sortait assez souvent pour combattre les Athbedj et les Zoghba (branches de la tribu de Hilal), et, en ces occasions, il ras­semblait sous son drapeau. . . . . toutes les tribus zenatiennes du Maghreb central qui reconnaissaient l’autorité des Beni Yala. Dans un de ces conflits, lequel eut lieu postérieurement à l’an 450 (1058 de J. C.), Abou Soda perdit la vie. »
[35] Littéral. « et ne sois pas bête ». L’adjectif ﻝﻳﺒﻫ appartient à la langue vulgaire, mais on le remplace ordinairement par ﻝﻮﺒﻬﻤ , mot dérivé de la même racine et signifiant « fou, sot ».
[36] Les manuscrits portent ﻥﺍﺭ (ran), mais on ne connaît en Algérie aucune vallée ou rivière de ce nom. Il y en a, au contraire, plusieurs qui portent le nom de zan, mot qui désigne une espèce de chêne.
[37] Ce vers, s’il est authentique, montre que l’ordre des derviches Eïçaoua est très ­ancien en Algérie.
[38] Je lis ﻝﻴﻤﺒ .
[39] Je lis ﻰﺗﺎﻨﺯﻠﻠ  , avec le traducteur turc. La leçon ﻩﺍﺪﺒﻜ  est bonne.
[40] Je lis ﺲﻣﻻﺎﺑ , avec le traducteur turc, et  ﻚﺎﻨﻠﻣﺣ , avec tous les manuscrits. Ce dernier mot signifie « nous vous avons im­posé un fardeau », mais il est employé ici dans un sens obscène.
[41] Voy. l’Histoire des Berbers, t. I, p. 37. La pièce qui suit est du mètre taouîl ; presque tous les mots prennent les voyelles finales, comme dans la poésie régulière. Je dois faire observer que dans l’édition de Boulac, dans la traduction turque et dans les ma­nuscrits C et D, ce morceau est placé im­médiatement après celui qui commence par les mots ﺾﺎﻣ ﺍﺪﺒﺗ .
[42] Pour ﺎﻣﺍ ﻮﻬﻔ , lisez ﺎﻣ ﺍﻮﻬﻗ  .
[43] La bonne leçon paraît être ﻦﻮﺒﻀﻣ .
[44] Je lis ﺎﺧّﻮﺪﻣ .
[45] Lisez ﺎﻫﺎﺘﺍ  pour ﺎﻫﺎﺒﺍ , et ﺖﺧﻮﺪﺘ  pour ﺖﺣﻮﺪﺘ .
[46] Pour ﻚﻟﺬﻟ , lisez ﻚﻟﺬﻜ  .
[47] L’auteur se sert ici d’une expression qui ne s’emploie ordinairement qu’en parlant des chevaux dont les sabots sont usés à force de marcher. Traduite à la lettre, elle signifie ici : « propter attri­tionem (ungularum) quæ me dedeco­ravit ».
[48] Je lis avec la traduction turque et l’édition de Boulac :
ibn_III_412a
[49] Je lis ﺍﻮّﻭﻗﻮ  , avec l’édition de Boulac et la traduction turque. Pour ﺎﻬﻟﻳﻣﺠ , lisez ﺎﻬﻟﻳﻣﺤ  . Le mot  ﺪﺍّﺪﺷ  signifie « palefrenier, celui qui sangle un cheval ou un chameau ».  ﺎﻴﺍﻮﺣ    désigne les tapis ouatés qui se placent entre la selle et le dos de l’animal. — En essayant de rétablir et de traduire ces textes, appartenant à un langage tout à fait barbare, j’ai dû très souvent me guider d’après de simples conjectures.
[50] Pour ﺵﻮﺒﺣﻤ , lisez ﺲﻭﺒﺣﻣ , et remplacez ﺎﻬﻠ ﻰﻗﺒ  par ﺎﻬﻠﻴﻗﻴ .
[51] Je lis ﻯﺯﺍﻭ  , mot dérivé de la racine (ﻯﺯﺍ). Je passe l’hémistiche suivant, dont je ne puis pas rétablir le texte. Outre les va­riantes indiquées dans l’édition de Paris, on lit dans la traduction turqueﺎﻬﻠﺒﺻﻨ ﻯﻭﺎﻀﺗﻟﺍ ﻖﻮﻔ ﺮﺣﻟﺍ ﻝﻅﺒ , et dans l’édition de Boulac ﺎﻬﻠﺗﺻﻨ ﻯﻭﺎﺼﺗﻟﺍ ﻖﻮﻔ ﺮّﺣﻟﺍ ﻝﺿﻴ  .
[52] Les vrais noms du cherîf Ibn Hachem furent Chokr Ibn Abi ’l-Fotouh.
[53] Cet hémistiche offre un exemple de l’emploi de la lettre chîn pour corroborer la négation, comme cela se fait dans la langue vulgaire ; exemple : ma nehabbouch « je ne le veux pas ».
[54] Il faut lire ﺪﺟﻨﻠ  ﺔﻣﻼﻣ ﺪﻴﺯﺗ ﻻﺍ ﺪﻋﺍ ﺮﻛﺷﺍ .
[55] Ici le texte est incertain.
[56] Ce vers paraît signifier que le pays de Chokr produit en abondance les plantes qui forment la meilleure nourriture des chameaux, mais qu’il n’est pas favorable à la santé des jeunes enfants. Cela est vrai du territoire de la Mecque. Dans l’édition de Paris, il faut lire ﻥﻬﻠ à la place de ﻥﺎﻬﻟ , qui est une faute d’impression. L’édition de Boulac et la traduction turque donnent ce vers sous la forme suivante :
ibn_III_413a, c’est‑à‑dire « si la fille de leur seigneur était dans leur pays. . . . . ». Le reste du vers m’est inexplicable.
[57] Pour ﻰﺣﻴ , lisez ﻲﺣﻴ  .
[58] La notice de cette tribu se trouve dans le premier volume de l’Histoire des Berbers.
[59] Les manuscrits C et D et l’édition de Boulac portent ﺎﻬﻠﻮﻗﻳ  .
[60] Ce poème est du mètre taouîl, et doit se scander en tenant compte des voyelles qui marquent les inflexions grammaticales. Il y a cependant quelques mots qui ne prennent pas la voyelle finale et des pieds dont les formes sont plus ou moins irré­gulières. Les règles de la syntaxe n’y sont pas toujours observées.
[61] Littéral. « et dans la manifestation des ténèbres (est) l’éloignement de sa faiblesse (ﻪﻨﻫﻮ) ».
[62] Dans cette pièce, le nom est quelque­fois mis à l’accusatif avec le tenouîn, quand il devait être au nominatif. Ici,  ﺎﻤﺍﺭﺤ  est mis pour ﻢﺍﺭﺤ   .
[63] Je lis ﺔﻴﻮﺍﺪﻋ  , mot que je traduis par conjecture.
[64] Pour ﺎﻬﻠ , lisez ﺎﻬﻠ ﻮ  , avec tous les manuscrits, et prononcez oulhan.
[65] Le mot ﺎﻬﻴﺒ se présente deux fois dans ce vers, à la place de ﺎﻬﺑ . C’est une licence tout à fait vulgaire, dont les poèmes en bon arabe n’offrent aucun exemple.
[66] Littéral. « excitent du désir dans les yeux ».
[67] Lisez ﺎﻬﻣﺎﻣﺟ .
[68] Je lis ﺖﻅﺤﻼﺘ . Les manuscrits of­frent plusieurs autres variantes.
[69] Les poètes arabes parlent des fleurs de la camomille là où ceux de l’Europe mentionneraient le lis ou la pâquerette blanche.
[70] Je lis ﺎﻬﻣﺍﺯﺣ .
[71] L’édition de Boulac et la traduction turque portent ﺮﺟﺷﻣﻠﺍ , leçon que j’ai adoptée.
[72] Je lis ﺎﻬﻣﺎﻣﺮ .
[73] Je lis  ﻰﺴﺭﻓ  et ﺔﻗﺎﺴﻤ .
[74] Lisez ﻯﺪﻳﺒ  et prononcez bîdi.
[75] Pour ﺔﻨﻬﺠﺭﻤ , lisez ﺔّﻨﺣﺠﺭﻣ .
[76] Pour ﻰﻔﻜﺗ , lisez ﻰﻔﻜﺒ  .
[77] La syllabe ﺎﻴ  du mot ﺎﻴﺍ ﺩﺠ  est, dans le dialecte vulgaire, le pronom possessif de la première personne.
[78] Cet hémistiche doit se lire ainsi :
ibn_III_415c ﺎﻴﺍ
[79] J’adopte la leçon ﺍﺭﺒﻴ .
[80] Il faut lire ﺎﻋﺮﺟ , forme vulgaire de ﺀﺎﻋﺮﺠ ; au reste, l’hémistiche doit se lire ainsi :
ibn_III_415a
[81] Pour ﻞﻴﺯﻨ , lisez ﻞﻴﺯﻴ .
[82] Je lis ﻢﻬﺎﺒﺧ .
[83] Variantes : Ghîna ﺎﻨﻴﻐﺒ , Ghenya ﺎﻴﻨﻐﺒ .
[84] Cet hémistiche a été altéré par les co­pistes ; les exemplaires du traducteur turc portaient :
ﺦﻠﺍ  ﻢﺍﺪ  ﺎﻣ  ﺎﻨ ﺪﻠﺍ ﻯﺫ  ﻯﺭﺗ , qui est probablement la bonne leçon ; dans l’édi­tion de Boulac on lit ﻢﺍﺪ ﺎﻣ ﺎﻴﻨﺪﻠﺍ  .
[85] Khaled Ibn Hamza, un des chefs des Arabes Kaoub, vivait au milieu du VIIIe siècle de l’hégire. On trouvera dans plusieurs endroits de l’Histoire des Berbers le récit de ses exploits et de ses intrigues.
[86] En Afrique, le mot ﺪﻻﻮﺍ  se prononce oulad ou oulèd.
[87] Voy. l’Hist. des Berb. t. I, p. 144.
[88] Le texte de ce poème a subi tant d’al­térations qu’il est impossible de le recons­tituer, même à l’aide des variantes fournies par les manuscrits, par l’édition de Boûlac et par la traduction turque. Le nombre de ces variantes surpasse tout ce qu’on peut imaginer ; il y a des vers où chaque mot en offre trois ou quatre. On voit que les copistes ne comprenaient absolument rien à ce qu’ils écrivaient. La pièce, dans son état actuel, offre tant de vers dont le sens m’échappe que je n’entreprendrai pas de la traduire.
[89] Voy. Histoire des Berbers, t. I, p. 138, où il faut lire : De Terdjem sortent les Kaoub.
[90] Il faut lire ﻦﻴﻜﺍﺭﻓﺎﺘ ﻥﺒ ﺪﻣﺣﻣ ﻯﺍ , avec les manuscrits. (Voy. aussi l’introduc­tion, t. I, p. XXVIII.) Le ministre hafside Ibn Tafraguîn, qui s’était rallié au sultan mé­rinide Abou ’l-Hacen, lors de la prise de Tunis, l’abandonna quelque temps après (voy. Histoire des Berbers. t. III, p. 24), et, s’étant ménagé l’appui des Arabes Kaoub, il se rallia de nouveau au prince hafside Abou Ishac II et le replaça sur le trône de l’Ifrîkiya (ibid. p. 42).
[91] Le grand cheikh des Almohades était le second dignitaire de l’empire hafside et prenait rang immédiatement après le sultan.
[92] Je lis ﺎًﻬﺑﺎﺑ , avec le manuscrit D. La leçon ﺎﻬﻗﺎﻓ , offerte par un autre manus­crit, pourrait, à la rigueur, donner un sens passable.
[93] Le texte de ce poème étant très altéré, je ne réponds pas de l’exactitude de ma traduction.
[94] C’est‑à‑dire les Kaoub.
[95] En arabe vulgaire, la dernière lettre du mot   ﻢﺪ est redoublée.
[96] Je lis ﺐﺎﺘﻜ ﺭﻴﻣﻀﻠﺍ ﻮﺠ ﻰﻔﻮ ﺀﺍﺯﺠ , avec l’édition turque et en adoptant une va­riante fournie par l’édition de Boulac.
[97] Lisez ﺭﺎّﻁﺑ  .
[98] Je lis ﺓّﻮﺴﺒ  , avec le texte fourni par le traducteur turc et par l’édition de Boulac.
[99] Je lis ﻩﺎﻨﻬﻔﻨ  ; l’édition de Boulac et le texte du traducteur turc portent ﻩﺎﻨﻬﻗﻨ .
[100] J’adopte la leçon ﺎﻨﻬﻔﺴ , qui est celle de l’édition turque et de l’édition de Boulac.
[101] Je lis ﺪﺎﻏﻮﺍ  , avec les mêmes éditions.
[102] L’antichambre dans laquelle le maître d’une maison reçoit ses amis s’appelle la skîfa.
[103] El‑Baleki paraît être le nom d’un cheval. Je ne sais quel chef le poète veut désigner ici.
[104] Lisez ﺏﺎﻳﺫ . Il s’agit du célèbre chef arabe, Dîab Ibn Ghanem. (Voy. Hist. des Berbers, t. I).
[105] Tarchîch ou Tarsus est un des noms que les Arabes donnaient à la ville de Tunis. (Voy. Bekri, Descript. de l’Afrique, page 91 du tirage à part.)
[106] C’est par conjecture que je donne au mot  ﺎﻗﺑﺴ  la signification de chevaux.
[107] Je suis ici la leçon du manuscrit D et de l’édition de Boulac.
[108] Ne comprenant pas la fin de l’hémis­tiche, je la laisse sans essayer de la tra­duire.
[109] Le mot ﻥﻟﺍ  est une altération barbare de ﻦﺁ ﻰﻠﺍ  .
[110] Je lis ﺔﻣﻬﺒ , avec le traducteur turc et l’édition de Boulac.
[111] Le mot ﺍﻭﺗﺍﺭﻴﺧ  est une altération de ﻪُﺗﺍﺭﻳﺧ .
[112] Je lis ﺎﻴﺎﻨﺛﻟﺍ , avec le traducteur turc.
[113] Il faut lire ﺔﻠﻭﺴﻠ ﻻ ﺍﺭﺸﻠﺎﺒ .
[114] Je lis ﺏﻼﺠﺑ  avec le traducteur turc et je regarde ce mot comme le pluriel de ﺏﻠﺠ . La particule ﺎﻣ  est explétive.
[115] Le mot ﻥﻠﺍ  est employé ici pour ﻥﻻﺁ .
[116] Je lis ﺔﻣﻼﻣ ﺍﻮﻗﺘﺍ ﻻﻮ , avec l’édition de Boulac et la traduction turque.
[117] Je lis :
ibn_III_419a , en combinant les leçons offertes par la traduction turque et l’édition de Boulac. Les manuscrits C et D offrent la leçon ﻞﻫﺪ  .
[118]  ﻩﺎﺗﺍﻭ  est mis ici pour ﻩﺎﻂﺍﻭ . L’auteur du poème ou son secrétaire ne savait pas l’orthographe.
[119] Il faut lire ﻰﺘﻮﺯﻋ ﺍﻮﻔ  ou bien ﺎﻨﻮﺯﻋ ﺍﻮﻔ . Les manuscrits et les éditions imprimées offrent l’une ou l’autre de ces leçons.
[120] Lisez ﺪﺎﻏﻮﻻﺍ ﺕﺣﺮّﺒﻮ .
[121] La bonne leçon est ﻲﺣﻴ ﺎﻤ .
[122] Il faut lire ﻪﺤﻮﺮﺒ  et ﺡﻮﺮﺒ .
[123] Lisez ﻰﻁﻋ .
[124] Lisez ﻢﺎﻬﺴﺎﺒ .
[125] Je lis ﻕﺎﻴﻀﻴ  (forme vulgaire), avec les manuscrits et les éditions.
[126] Le texte du second hémistiche est al­téré et n’offre pas de sens.
[127] Lisez ّﺲﺠﺒ .
[128] Lisez ﻩﻭﻠﻀﺗ .
[129] Pour ﻪﻨﻜﻟ , lisez ﻪﻨﺎﻜ .
[130] Lisez ﻞﺪﺑ .
[131] La bonne leçon est ﺔﻨﻃﻔ .
[132] Le sens de ce vers est incertain.
[133] Je lis ﻞﻋﺎﻴﻔ , avec le traducteur turc et l’édition de Boulac. Le singulier de ce mot doit être ﻞﻌﻳﻔ .
[134] Le mot ﻥﻠﺍ  est mis ici pour ﻥﺍ ﻰﻠﺍ .
[135] Littéral. « soit ardent ».
[136] Il faut lire ﺎﻣﻮﺪﻨ , avec la traduction turque, l’édition de Boulac et plusieurs manuscrits.
[137] Cela paraît signifier : « dans les temps de disette, il faut se contenter de ce qu’on a sous la main, en fait de vivres ».
[138] Les Beni Amer continuèrent jusqu’à ces dernières années à former une des tribus les plus puissantes de la province d’Oran.
[139] Notre auteur a donné un long cha­pitre sur les Zoghba (prononcez Zorba) dans le premier volume de son Histoire des Berbers.
[140] Le texte de ce poème, qui renferme quarante et un vers, est tellement altéré, que je n’essaye pas de le traduire en entier. Je me borne à en expliquer le commencement, mais en faisant observer que le pre­mier hémistiche du premier vers ne se re­trouve plus.
[141] Il faut lire ﺾﻳﺮﻗ  à la place de ﻅﻳﺭﻘ . Le mot ﺖﺎﻳﺎﺒﺍ   paraît être le diminutif de ﺕﺎﻴﺒﺍ .
[142] Je lis ﺎﻗﺷﻠﺍ ﻥﺎﻜ .
[143] Littéral. « dont la séparation a changé la position ».
[144] Littéral. « pour refroidir les mèches des feux d’un cœur ».
[145] Lisez ﺍﺬﺍ .
[146] Je n’essaye pas de traduire cette pièce ; le texte en est tellement corrompu qu’on n’y comprend presque rien. Les manus­crits C et D, l’édition de Boulac et la tra­duction turque ne la donnent pas.
[147] Dans l’Histoire des Berbers, t. I, se trouve la notice de ces tribus.
[148] Le mot mowascheha signifie « orné d’une ceinture brodée (wichah) ». Le wichah, ou ceinture des femmes, était orné de deux rangs de perles et de pierres précieuses, placées alternativement. Il s’attachait, par le milieu, entre les épaules, passait sur les hanches et se bouclait sur le devant du corps, au‑dessous du nombril. Les mowascheha sont des odes composées de plu­sieurs stances. La stance, dans sa forme la plus ordinaire, renfermait cinq vers, dont les quatre premiers rimaient ensemble, et dont le cinquième rimait avec tous les cinquièmes vers des stances suivantes. On trouve, cependant, beaucoup de mowa­scheha dont les stances se composent de quatre, cinq ou un plus grand nombre de vers, à rimes croisées. Le mot zedjel, en arabe, signifie « modulation ». En Espagne, les poètes l’employaient pour désigner leurs chansons ou ballades. Les formes du zedjel étaient très nombreuses.
[149] Après  ﺎّﻨﻓ  inscrivez ﻪﻨﻣ  .
[150] On désigne par le terme simt « ligne » les stances dont se composent le mowa­scheha. Le mot ghosn « branche » désigne les vers dont se composent les odes (mowas­cheha) et les chansons ou ballades (zedjel) espagnoles.
[151] L’orthographe de ces noms est incer­taine : El‑Maccari (t. II, p. 361) écrit Moufa ﻰﻔﺎﻌﻣ , à la place de Maufer ﺭﻓﺎﻌﻣ , et telle est aussi l’orthographe d’Ibn el­-Abbar. Le groupe ﻯﺭﻴﺭﻴﻨ  est ponctué de diverses manières dans les manuscrits et peut se prononcer de plusieurs manières. Je lis  ﻯﺭﻴﺯﻴﻨ « natif de Neizîr ». Il y avait un village près de Chiraz qui portait ce nom. Quoiqu’il en soit, le poète qu’on ap­pelait ainsi vécut dans la dernière moitié du IIIe siècle de l’hégire.
[152] Abd Allah el‑Merouani, septième sou­verain omeïade qui régna en Espagne, monta sur le trône l’an 275 de l’hégire (888 de J. C.).
[153] Voyez la 1e partie, page 30. Ce poète se nommait Omar ; Ibn Khaldoun s’est trompé ici en lui donnant le nom d’Abd Allah.
[154] El-Motacem Ibn Somadih monta sur le trône l’an 105, de J. C. (443‑444 de l’hégire).
[155] Abd Allah Ibn es‑Cîd, surnommé el‑Aalem el‑Batalyauci (le savant de Badajoz), se distingua surtout comme grammairien et philologue. Cet auteur mourut à Va­lence, l’an 521 (1127 de J. C.), laissant plusieurs ouvrages tant en prose qu’en vers.
[156] Je transcris ici le texte arabe de cette pièce, afin de mettre en évidence la versi­fication que le poète avait adoptée :
Bedro temm, chems doha, ghosn neca, misko chemm ;
Ma atemm, ma aoudeha, ma aoureca, ma ansem ;
La djerem, men lameha, cad acheca, cad horem.
[157] Le verbe négatif  ﺲﻴﻠ devint ﺶِﻟ  dans le dialecte vulgaire des Espagnols.
[158] Il faut lire ﻚﺎﺴﻋ à la place de ﺭﻛﺎﺴﻋ . La bonne leçon se trouve dans l’édition de Boulac, dans la traduction turque, dans la Vie de Liçan ed‑Dîn d’El‑Maccari, édi­tion de Boulac, t. III, p. ۶-۷, et dans le manuscrit de cet ouvrage appartenant à la Bibliothèque impériale et portant le n° 7759, ancien fonds. (Voy. fol. 92 recto.) El‑Mac­cari a reproduit dans son ouvrage plusieurs extraits du chapitre d’Ibn Khaldoun sur les odes et les chansons.
[159] Je donne ici la transcription du texte arabe de ces deux morceaux, pour le motif indiqué dans la note ci-dessus :
El‑aoud cad terennem                              bi-abdâi telhîn,
Wa chekket el‑medaneb                          rîad el‑besatîn.
Takhter wa lich teslem ;                           Asak el-Mamoun              
Moraouwâ el-ketaïb                                 Yahya ben dhi’n‑Noun ?
[160] Abou Bekr Yahya Ibn Baki, natif de Cordoue, fut un des poètes les plus gra­cieux que l’Espagne musulmane ait pro­duits. Il vécut dans la misère, comme la plupart de ses confrères ; les souverains almoravides étaient trop ignorants, ils mé­prisaient trop les belles‑lettres pour don­ner des encouragements à des poètes dont ils comprenaient à peine la langue. On trouve dans l’ouvrage d’El‑Maccari sur l’Espagne un assez grand nombre de piè­ces composées par Ibn Baki.
[161] Abou Djafer Ibn Horeïra el‑Aamâ et­-Toteïli était, comme son ami, Ibn Baki, un véritable poète. El‑Maccari nous a con­servé plusieurs de ses pièces.
[162] Je transcris ici ce morceau :
Kîfa ’s‑sebîlou ila
Sabri, oua fi ’l-maalimi,
Achdjanou !
Oua‑’r‑rekbou ouset el‑fela,
Bel‑khourdi ’n‑néaimi,
Cad banou.
[163] Voici la transcription de ce morceau :
Dhahek an djoman,                  safer an bedri,
Dhac anho’z‑zeman,                                oua hawaho sadri.
[164] Ce personnage portait le surnom d’Abou ’l-Khattab, et appartenait proba­blement à la même famille que le célèbre médecin Avenzoar (Ibn Zohr).
[165] Ce poète se nommait Abou Bekr Mo­hammed Ibn el‑Ansari el‑Abiad. Selon El­-Maccari, il fut mis à mort par un certain Ez‑Zobeïr, émir de Cordoue, qu’il avait at­taqué dans ses vers.
[166] Le célèbre philosophe Ibn Baddja (Avenpace) s’était distingué aussi comme poète. Il mourut à Fez, l’an 533 (1138-­1139 de J. C.).
[167] Ce sobriquet signifie « fils de la pou­liche ». C’est un mot arabe berbérisé. Celui à qui on l’avait donné était beau‑frère du roi almoravide Ali Ibn Youçof et se nom­mait Abou Bekr Ibn Ibrahîm. (Voy. l’Hist. des musulmans d’Espagne de M. Dozy, t. IV, p. 262.)
[168] Pour ﺎﻨﻣ , lisez ﻪﻨﻣ avec les manuscrits.
[169] Deux membres de la famille Zohr por­taient le surnom d’Abou Bekr : l’un était un savant jurisconsulte et mourut à Talavera l’an 422 (1031 de J. C.) ; l’autre, qui s’était distingué comme médecin, gram­mairien et poète, fut attaché au service du sultan almohade Yacoub el‑Mansour et mourut l’an 595 (1119 de J. C.). Je crois qu’il s’agit du premier dans le récit d’Ibn Khaldoun.
[170] Il faut lire ﺡﺎﺷﻮﻠﺍ  sans techdîd et ﻰﻔﻮﺍ  en un seul mot. Dans le dixième vers (p. 394, l. 7, du texte arabe), il faut lire ﺪﻬﻋ à la place de ﻯﺪﻬﻋ .
[171] Voici la transcription de la première stance de cette pièce :
Ma ledda lî cherbou rahi
Ala riadi’l-akahi ;
Lou la hedim el‑oushahi,
Ida ’nthena fi ’s‑sebahi,
Aufa ’l-asîl,
Adha igoul :
Ma lit‑chemoul
Letemèt khaddi
Oua lil‑chemal ?
Habbèt fe‑mal
Ghosnou tidal
Dommahou burdi.
[172] Ce personnage m’est inconnu.
[173] Je soupçonne que ce Hatem est celui auquel El-Maccari (t. II, p. ۳۳۷) donne le nom de Hatem, fils de Hatem Ibn Saîd, et qui mourut en l’an 593 (1196‑1197 de J. C.)
[174] Je ne trouve aucun renseignement sur ce poète ni sur celui dont le nom est mentionné un peu plus loin.
[175] L’auteur a sans doute emprunté à un ouvrage que nous ne connaissons pas, peut­-être le Moghrib d’Ibn Saîd, les indications qu’il vient de donner. La majeure partie de celles qui suivent est empruntée à cet ouvrage.
[176] Ce personnage est inconnu.
[177] Ibn Saîd, le célèbre géographe, his­torien et littérateur, mourut en 685 (1286-1287 de J. C.).
[178] Sehl Ibn Malek, littérateur d’une grande réputation, était natif de Grenade. Nous avons de lui quelques vers com­posés, les uns à Ceuta, en l’an 581 (1185-1186 de J. C.), et les autres à Grenade, en 637 (1239‑1240 de J. C.).
[179] Estepa est située dans la province de Séville.
[180] Il faut lire ﺔﻠﻗﻣ  et ﺡﺎﺑﺻﻠﺍ , à la place de ﻪﻠﻗﻣ  et ﺝﺎﺒﺼﻟﺍ .
[181] La forme de cette pièce est, en effet, très originale, ainsi qu’on peut le voir dans la transcription suivante. Dans ce petit poème, comme dans presque toutes les odes, la prononciation est celle de la langue vulgaire.
Ma lil‑mouleh             min sokrou la yofîc            ya lou sekrane !
Hel tostaâd                  aïyamna bal‑khalîdj         oua lîalîna ?
Id yostafad                 min en‑nesîm il‑aridj          misko Darîna.
Oua id yokad              hosn el‑mekan il‑behidj     an yohyîna.
Nehron atolleh            douh alîh anîc                     mourec fînane.
Oua’l-ma yedjri          ou âïm oua gharîc              min djena rîban.
[182] Darin était un port de mer de la province de Bahreïn en Arahie. On y importait du musc qui se tirait de l’Inde.
[183] Les poètes comparent aux feuilles de myrte, et aussi au tissu d’une cotte de mailles, les rides qu’un léger zéphyr forme sur la surface d’un lac.
[184] Dans cette pièce il faut lire ﻮﻠﺧﻨ et ﻝﻣﻌﻨﻮ . Ces verbes sont à la première per­sonne du singulier, car tout le morceau est en arabe vulgaire. ﻉﺎﺳ est pour ﺔﻋﺎﺴ . ﺶﻟﻔ est la forme vulgaire espagnole de ﺱﻴﻟﻔ .
[185] Mohr Ibn Ferès vivait encore en l’an 581 (1185‑1186 de J. C.).
[186] Voici cette pièce, en caractères ro­mains :
Ya hadjeri ! hel ila l’ ousali
Minnek sebil ?
Aou hel tera an houak sali
Colbo ’l‑alîl.
[187] La particule ﺎﻣ  dans ﺓﺮﻤ ﺎﻣ ﺭﻴﻏ  est explétive.
[188] Abou ’l-Hacen Ali Ibn Djaber ed‑Deb­badj, natif de Séville, était très versé dans la philologie de la langue arabe et dans la philosophie. Ses contemporains le regar­daient comme le plus grand philosophe de l’Occident. Son savoir et sa piété étaient si remarquables que le souverain almora­vide Ali, fils de Youçof Ibn Tachefîn, l’ap­pela à la cour de Maroc et l’admit dans son intimité. Il le chargea même de soutenir une controverse théologique contre Mo­hammed Ibn Toumert, le même qui, sous le titre du Mehdi, fonda plus tard l’empire des Almohades. (Voy. l’Histoire des Berbers, t. II, p. 167.)
[189] Pour ﺪﻤﺠ , lisez ﺪﻣﺤ .
[190] Le poète a probablement supposé que c’était l’aigle (la constellation ainsi nom­mée) qui, par son vol, tenait en mouve­ment la sphère céleste.
[191] Le mot ﻥﺴﺎﺤﻣ   doit être supprimé ; il ne se trouve pas dans les manuscrits.
[192] Je lis ﻝﺎﺼﻮﻟﺍ ﺀﺎﺴﻮ  avec le traducteur turc et l’éditon de Boulac.
[193] Le mot ﻝﺎﺣﻣ  signifie « ce qui n’est pas réel ».
[194] Pour ﻚﺎﺒﺤ , lisez ﻚﺎﻴﺤ , avec les ma­nuscrits. Dans les deux poèmes qui suivent, tous les vers impairs riment en a, et les vers pairs, pris par deux ou par trois, ri­ment ensemble. Ainsi la rime est invariable dans les vers impairs, et varie, jusqu’à un certain point, dans les vers pairs.
[195] Il faut lire ﺔﺗﺑﺴ .
[196] Pour ﺎﻨﻳﻓ , lisez ﺎﻬﻳﻔ .
[197] Pour ﺬﺍ , lisez ﺍﺬﺍ .
[198] Il y a dans ce vers un jeu de mots intraduisible. Noman, fils de Ma es‑Sema, fut un roi de Hira dans les temps antéis­lamites ; Noman est le vrai nom d’Abou Hanîfa, fondateur d’un des quatre rites orthodoxes, et noman signifie anémone. Malek était fondateur d’un de ces rites et Anès était un de ses précepteurs.
[199] Je lis ﻢﻮﺟﻫ  à la place de ﻡﻮﺠ , en adoptant la leçon d’El-Maccari.
[200] Le poète a vu une ressemblance entre la feuille de myrte et l’oreille de cheval.
[201] Pour ﺖّﻳﻫ , lisez ﺖّﺑﻫ  .
[202] Coran, sour. XIV, vers  7.
[203] Pour ﻥﻣ , lisez ﻰﻔ .
[204] Pour ﺎﻣﺪﻠﺍ , lisez ﺎﻣﺫﻠﺍ  .
[205] Ibn Khaldoun a supprimé ici dix doubles hémistiches formant la fin du poème et renfermant l’éloge du prince. On les trouvera dans la Vie de Lisan ed‑Dîn, com­posée par El‑Maccari.
[206] Le poète Hibet Allah Ibn Djafer Sena ’l-Molk, natif d’Égypte, mourut au Caire, l’an 608 (1211-1212 de J. C.).
[207] Le mot ﻪﻴﺑ   est mis ici pour ﻪﺑ . Quel­ques manuscrits portent ﻪﻳﻓ .
[208] Il faut lire ﻮّﻣﺿ et ﻭﺗﺎﻤﻬﺴﻠ . Le ﻭ final de ces mots représente le pronom affixe de la troisième personne masculine du singulier.
[209] Pour ﻕﻠﻐﻴ  , lisez ﻕﻠﻗﻴ , et pour ﺍﻮﺒﺎﺼ  , lisez ﻪﺗﺎﺑﺎﺻ  . Ce dernier mot est une altération du nom d’action ﺔﺑﺎﺼﺍ  , joint au pronom affixe de la troisième personne du singulier.
[210] Le mot  ﻥﺒﺍ  se lit dans la plupart des manuscrits.
[211] ﻥﺍﻭﻠﺎﺑ   est une contraction vulgaire des mots ﻥﺃ  ﻪﻠﺎﺑ .
[212] Il faut lire ﻪﻓﺍﺼﻓﺻﻔ  ﻝﻴﻗﺗ  ﻥﻴﻠﻗﻣﻠﺍﻭ , ce qui, en bon arabe, s’écrirait  ﻪﻓﺍﺼﻓﺻ  ﻰﻔ  ﻝﻴﻗﺗ  ﻥﻴﻠﻳﻗﻣﻠﺍﻭ .
[213] Je lis ﻯﺭﺣﺍ , avec deux manuscrits.
[214] ﻪﻨﺷﻠ est une altération de ﻥﺴﻠ , 3e p. fém. pl. du verbe négatif ﺲﻳﻠ .
[215] Pour ﻭﺗﺎﻳﺪﻳ , lisez ﻪﺘﺍﺪﻴﺪﻴ .
[216] Il faut insérer ici les mots ﻪﻳﻔ ﻞﻮﻗﻴ .
[217] Lisez ﻒﻳﺮﺷﻠﺍ .
[218]  ﺎﻣﻟﺍ  est mis ici pour ﺎﻣ ﻰﻠﺍ .
[219] ﻰﻨﻴﻋ est mis ici pour ٍﻥﻳﻋ . Lisez ﺮﻅﻨﺗ  à la place de ﺮﻅﻨﻨ .
[220]   Medeghlîs ou Medghalîs est un sobri­quet qui n’appartient pas à la langue arabe. Le poète qu’on désignait ainsi se nommait Abou Abd Allah Ibn el‑Haddj.
[221] Voici le texte de ce vers, qui a été omis dans l’édition de Paris, mais qui se trouve dans la traduction turque et dans quatre manuscrits :
ibn_III_439a
[222] Lisez ﺎﻣﻠ  à la place de ﺎﻣﻜ .
[223] Porter un collier signifie croire aux paroles d’autrui ; le collier est aussi l’emblème de l’esclavage ; ici l’expression « puisse Dieu te revêtir d’un collier » paraît signi­fier « puisse‑t‑il te récompenser de tes con­seils dont je n’ai que faire. »
[224] Pour ﻝﻮﻘﻴ  , lisez ﻝﻮﻘﺗ .
[225]  ﺭﻮﻣ est mis ici pour ّﺭَﻤ .
[226] Il faut lire ﻝّﻤﻬﺗﻨ .
[227] Les mots ﻩﺭﺪﻗ ﻮﻠ ﺶﻠ représentent la manière dont les musulmans espagnols prononçaient l’expression ﻩﺭﺪﻗ ﻪﻟ ﺲﻳﻠ .
[228] En‑Nacer, le quatrième souverain de la dynastie ahmohade, enleva l’île de Majorque aux Almoravides vers la fin du VIe siècle de l’hégire ou au commencement du VIIe. Les Baléares tombèrent bientôt après au pouvoir des Catalans, Jayme Ier, roi d’Aragon, s’en étant emparé l’an 1230 de J. C. (627 de l’hégire).
[229] L’orthographe de ce nom est incer­taine.
[230] La bonne leçon est ﻰﻨﺗﻴﻟﺎﻴ .
[231] Je regarde ﻞﺘﻓﺍ   comme une altéra­tion de ﻦﺗﻔﺍ .
[232] Je lis ﺪّﺪﺠﺗ , avec l’édition de Boulac et la traduction turque.
[233] Chochteri et Tosteri signifient natif de Toster, ville située dans le Khouzestan. Il y avait un ascète nommé Sehl et‑Tosteri, qui acquit une grande réputation par la sainteté de sa vie, et qui mourut à Basra en 283 (896 de J. C.). C’est peut‑être de ce personnage que l’auteur veut parler.
[234] Pour ﻞﻮﺯﻨﻠﺍ ﻥﻴﺒﻮ , lisez ﻞﻮﺯﻨﻠﺍﻮ .
[235] Ce vers, comme l’auteur nous le donne à entendre, exprime une idée mys­tique et paraît signifier : « Ceux qui ont été tirés du néant disparaissent du monde, et celui qui n’a jamais cessé d’exister du­rera toujours. »
[236] Xenîl est le nom de la rivière qui coule près de Grenade. Il faut lire ﻞﻴﻨﺷ .
[237] Il faut lire ﺎﻬﻳﻔ ﺎﻁﻭ , en deux mots.
[238] ﺶﻻﻮ est une forme vulgaire de ُﻰﺷ ّﻯﻻﻮ ; le mot ﺎﻋﺎﻗﺭ  s’écrit ﺔﻋﺎﻓﺭ  en bon arabe.
[239] Il faut remplacer ﺎﻗﻗﺷ  par ﺎﻗﻔﺷ , altération du mot ﺔﻗﻔﺷ .
[240] La traduction turque et l’édition de Boulac offrent la leçon ﺵﺭﺷﺭﺘ   à la place de ﺵﺘﺭﺘ . Les larmes qui coulent peuvent signifier, non seulement celles de l’amant, mais les gouttes d’eau avec lesquelles on arrose les braises d’une forge, afin de les faire brûler avec plus d’intensité.
[241] Le mot arabe est ghazou ; en Afrique on dit ghazia ou razia.
[242] Abou Abd Allah Mohammed el‑Lou­chi, médecin distingué, mourut en Égypte entre les années 660 (1262 de J. C.) et 670.
[243] Dans cette pièce, l’auteur a employé une foule d’expressions vulgaires, et n’a montré que bien peu de respect pour l’or­thographe.
[244] Le mot ﻖﻟﻳﻣ  est formé irrégulière­ment du verbe ﻰﻗﻟ .
[245] Lisez ﷲﺎﻴ  .
[246] Je passe ici un hémistiche qui paraît si­gnifier : « et il (le temps ou la fortune) n’est plus capable de laisser échapper le scorpion de sa main. » — En arabe, le scorpion est l’emblème de la délation ; il signifie aussi « soucis, remords. » — Le manuscrit suivi par le traducteur turc portait : ﺍﻮﺑﻗﺭﻋ ﻪﻴﺪﻴ ﻥﻣ ﻮﺘﻔﺘﻜ ﻰّﻟﺍﻮ  , ce qui peut signifier : « il avait les mains attachées derrière le dos. » — L’édition de Boulac porte : ﺍﻮﺑﺭﻗﻋ ﻪﻴﺭﻴ ﻥﻣ ﻪﺘﻟﻗﻣﻛ ﺵﺍﻮ  , mots dont je ne saisis pas le sens.
[247] Les mots ﺎﻤﻔ ﺍﻭﺭﻣ  sont mis ici pour ﺎﻣﻳﻔ ًﺓّﺭﻤ  . Au reste, cette pièce offre beau­coup de fautes de grammaire et d’ortho­graphe.
[248] Boneïa ou bonn est une espèce de café. (Voy. Chrestomathie arabe de M. de Sacy, t. I, p. 412.)
[249] Je lis ﺍﻮﺑﺣﻨﺗ ﻯﺭﻨ .
[250] Pour ﻰﻠﺍﺪﻋ , lisez ﻰﻟﺍّﺫَﻋ .
[251] Littéral. « Faut-il que je le lise par Dieu ? » L’expression ﺍﻮﺭﻗﻨﻜ ﺶﻼﻋ  est une altération de ﻩﺀﺭﻗﻨ ﻥﻮﻜﻨ  ﺀﻰﺷ  ّﻯﺍ  ﻰﻠﻋ . L’édition de Boulac porte : ﺶﻼﻋ ﺍﻮﺑﺘﻛﺘ ﻮﺍ ﻪﻴﻠﺎﺒ  ﺍﻮﺭﻔﻛﺘ, et le traducteur turc a lu :
ﺶﻼﻋ ﺍﻮﺑﺫﻜﺗﻭ  ﻪﻴﻠﺎﺒ ﻭ ﺭﻔﻜﺘ .
[252] Je lis ﻰﺒﻅ , avec la traduction turque et l’édition de Boulac.
[253] Le ghada est une espèce de bois dont la braise donne beaucoup de chaleur et se conserve longtemps allumée.
[254]  ﻢﻫﻮﻟﺎﺒ  est mis ici pour ﻢﻬﻠﺎﺒ .
[255] Lisez ﻡﺛﻮ . Le second hémistiche doit être reconstruit ainsi : ﺍﻮﺑﺪﻨﻴ ﺎﻣ ﺪﻌﺒ ﻥﻣ ﺍﻮﺤﺭﻔﺗﻮ  .
[256] Variante ﻡﻴﻮﻔ . Ce mot est le diminutif de ﻢﻔ ; ﻢﻳﻣﻔ  est aussi le diminutif de ّﻢﻔ , prononcé avec un double m, selon l’usage de la langue vulgaire.
[257] ﺎﻤﻻﺍ  est mis ici pour ﺔﻣﻻﺍ .
[258] Pour ﻥﺑﺭﺎﺷﻭ , lisez ﺏﺭﺎﺷﻭ  . Le mot ﺵﻠ  est mis pour ﺀﻰﺷ  ّﻯﻻ . L’expression ﺪﻴﺭﻴ  ﺪﻴﺭﻴ  ﺶﻻ paraît signifier : « elle fait ce qu’elle veut. »
[259] Pour ﺎﻬﺑﻠﻗ ﺖﻣﻠﻋ , lisez ﺎﻬﻠﺑﻗ ﺖﻣﻠﻋ ﺎﻣ .
[260] ﺎﻴﻼﺼ   est une forme vulgaire de ﺔﻴﻼﺼ  ; ﻚﻴﺪ   est l’équivalent de ﻚﻠﺗ .
[261] Pour ﻕﻴﻗﺭ ﻥﻣ , il faut lire ﻪﺘﻗﺭ ﻥﻣ , avec le manuscrit C, l’édition de Boulac et la traduction turque.
[262] Les mots  ﻰﻨﺴ  ﻚﺪﺒﻋ ﺍﺭﺘ  ﺫﺧ n’offrent aucun sens : le traducteur turc a lu  ﻰﺘﺴ à la place de ﻰﻨﺴ  et a donné en marge une autre leçon, savoir : ﻖﺣ  ﻚﺒﺗﻋ ﺪﻴﺪﺠ ﻞﻮﻘﺗ  , celle qui se retrouve dans l’édition de Boulac. Je lis ﻚﺒﺗﻋ ﻯﺭﺗ ﺫﺧ ﻖﺣ . L’expression  ﻯﺭﺗ ﺫﺧ signifie : « voici ! prends » ; c’est-à-dire : reçois mon aveu.
[263] L’édition turque, celle de Boulac et les manuscrits C et D insèrent ici deux vers que je n’essaie pas de traduire, tant ils offrent de variantes.
[264] Pour ﻦﻣﻣ , lisez ﻥﻣﻔ .  ﻰﻠﻗ est une altération de ﻰﻠ ﻞﻗ .
[265] Je lis ﺍﻮﺑﻳﻁﻔ  à la place de ﺍﻮﺑﻳﻁﻨ  ; mais le vers est évidemment corrompu.
[266] Les manuscrits portent ﺪﺭﺍﻮ  sans la conjonction ; l’auteur, qui était évidemment un homme sans instruction, avait voulu écrire ﺪﺭﺍﻮﻮ ﺭﺪﺎﺻ , expression consacrée, qu’il se rappelait imparfaitement.
[267] La variante du manuscrit D, indiquée dans l’édition de Paris, mérite d’être signalée comme offrant un étrange exemple de l’orthographe vulgaire :  ﻒﻨﻜ  pour ﻰﻔ ﻥﺎﻛ .
[268] Après ﺪﻌﺑ , insérez ﺎﻣ .
[269] Pour ﻰﺜﻴ , lisez ﻰﻨﺛﻴ .
[270] Pour ﻪﺗﺒﻳ , lisez ﻪﻳﻨﺒ .
[271] La famille d’Ibn el-Ahmer, qui régnait à Grenade, s’appelait les Beni Nasr (enfants de Nasr).
[272] Littéral. « les lunes ».
[273] Pour ﻰﻨﻐﺑ , lisez ﻰﻨﻐﺗ  . Cacîd, pour cacîda, est l’orthographe du texte.
[274] Je lis ْﺭِّﺪَﺧ .
[275] Dans la pièce qui suit, l’auteur n’observe pas toujours ces règles ; il s’en écarte très souvent.
[276] Dans cette pièce toutes les idées sont évidemment empruntées à la poésie persane. Elles sont tout à fait étrangères à la poésie arabe.
[277] Pour ﺎﻣﻭ , lisez ﺀﺎﻣﻭ  .
[278] Pour ﻖﺭﺗﻔﺍ , lisez ﻖﺍﺭﺗﻔﺍ  .
[279] Pour ﺭﻴﺜﻜ , lisez ﺭﺜﻨﻛ .
[280] Le mot noria (en arabe naaoura ﺓﺭﻭﻋﺎﻨ ), sert à désigner la roue hydraulique, ou roue à chapelets. Dans la province d’Alger on donne ordinairement à ces machines le nom de doulab.
[281] Littéral. « les seins des robes ». Il faut lire ﺐﻮﻴﺠ .
[282] Littéral. « le musc des nuages ».
[283] Pour ﺐﺿﻗﻠﺍ , lisez ﺐﻴﺿﻗﻠﺍ .
[284] Pour ﻭﺑﻭﺜ ﻰﻔ , lisez ﻭﺑﻭﺜ  ﻥﻣ .
[285] Variantes fausses ﺎﻣﺒ , ﻩﺎﻣﺒ , ﻩﺎﻐﺑ .
[286] Lisez ﻯﻮﺗﻠﺍﻮ ﺪﺳﻭﺗ .
[287] Lisez ﻰﻘﺑﻨ et ﺡﻮﻨﻨ .
[288] Tous les manuscrits portent ﻮﻟ , qui est certainement la leçon du texte original.
[289] Pour ﻰﻠﻋ , lisez ﻥﻣ .
[290] ﻥﺎﻜ est mis ici pour ﺖﻨﻛ , d’après une licence de la langue vulgaire.
[291] Pour ﻥﺎﻜﻭ ﺎﻣﺪ , lisez ﻥﺎﻜ ﺪﺎﻣﺭ  .
[292] Il faut lire ﻰﻨﺗﺠ ﻮﻠ , c’est-à-dire ﻰﻨﺗ ﺀﺎﺠ ﻮﻠ  .
[293] Je passe le vers suivant, parce que, dans son état actuel, il n’offre pas un sens raisonnable.
[294] Les manuscrits C et D portent ﺖﺒﻀﺧﻨﺍﻮ .
[295] Je lis ﺔﻟﻌﺷ  et j’adopte la leçon ﺩﺎﻣﺭ  ﺭﺼ  ﺪﺳﺠﻟﻟﻮ , celle qui est offerte par les manuscrits C et D.
[296] Ces deux derniers vers ne se trouvent pas dans les manuscrits C et D ; ils man­quent également dans l’édition de Boulac et dans la traduction turque.
[297] En caractères arabes ﻯﺯﺎﻛ ; le manuscrit B porte ﻯﺭﺎﻜﻠﺍ  (kari), le manuscrit C ﻯﺬﺎﻜﻠﺍ   (kadhi), et la traduction turque ﻯﺭﺎﻜﻣ   (mekari). De ces leçons je ne sais quelle est la bonne.
[298] Taza, ou, selon la prononciation européenne, Téza, est le nom d’une ville située à moitié chemin du Molouia à Fez. Je profite de cette occasion pour faire ob­server que le nom de la ville appelée Fez par les Européens se prononce Faz par les gens du pays.
[299] Je lis ﻩﻮّﻠﺍ , mot que je regarde comme une altération de ﻩﻮّﻠﻮ .
[300] Je lis ﻰﺠﺗﻠﻳ . Le mot ﻯﺪﺍ  est mis pour ﺍﺫﺍ .
[301] Il faut lire ﻥﻣﻠ , avec les manuscrits C et D et la traduction turque.
[302] Le mot ﺶﺍﺭﻓ  est une altération de ﺲﺍﺭﻠﺍ ﻰﻔ  ou de ﺲﺍﺭ ﻰﻔ . L’auteur du poème, ne sachant pas l’orthographe, a écrit ﻎﺑﺻﻨ  pour ﻎﺑﺳﻨ   . Il faut lire ﺎﺒﻳﺎﺨ  à la place de ﺎﺒﻳﺎﺣ .
[303] Pour ّﺪﺍﻮﻟﺍ , lisez ﺪﺍﻮﻟﺍ .
[304] C’est la vieille histoire de Simon et Simonides. (Voyez le Coq de Lucien.)
[305] Littéral. « comme des boucs ».
[306] Pour ﺪﻣﻌﻠﺍﻭ , lisez ﺓﺪﻣﻌﻠﺍﻭ , avec les manuscrits, l’édition de Boulac et la traduction turque. Dans cette pièce il y a des vers dont la construction est très fautive.
[307] Le mot ﻦﻛ  paraît être mis ici pour ﻥﺎﻜ .
[308] ﻚﻟﻋ est une altération de ﻚﻳﻟﻋ .
[309] Pour ﻮﺭﺼﺒﺗ , lisez ﻮﺭﺼﺒﻨ . L’hémistiche suivant est tellement altéré que je n’essaye pas de le traduire. Le vers entier se lit ainsi dans l’édition de Boulac et dans la traduction turque :
ibn_III_449a
Je dois faire observer que le traducteur turc a donné le texte de toutes ces pièces, et que, en général, il ne les a pas expliquées.
[310] Je lis ﻖﺒﺴﺒ , avec le traducteur turc et l’édition de Boulac. ﺎﻋ ﺎﺳ  est pour ﺔﻋ ﺎﺴ .
[311] Voyez l’introduction de la 1e partie, p. XXVIII.
[312] Lisez ﻩﺎﻨﻴﺼﻋ .
[313] Variante : ﻝﻮﻣﻜﻠﺍ  .
[314] Lisez ﻉﺎﺒﺗﻻﺍ .
[315] ﻡﺪﻌﺒ  est une altération de ﻡﻫﺪﻌﺒ  .
[316] Lisez ﺓﺭﻴﻨﻣﻠﺍ .
[317] Pour ﻰﺑﻨﻟ ﺎﻳ , lisez ﻰﺑﻨﻟ ﺎﺒ  .
[318] Cette pièce est écrite en un dialecte tellement corrompu, que les copistes n’y ont presque rien compris. Aussi les ma­nuscrits offrent‑ils une foule de variantes s’écartant les unes des autres au point de rendre impossible le rétablissement du texte. Il m’a donc fallu renoncer à la tâche de traduire le reste du poème.
[319] Littéral. « urbain ».
[320] Voyez un peu plus loin.
[321] Les mots dou beït signifient, en per­san, deux vers, couplet ; notre auteur lui a donné la forme du duel arabe en y ajou­tant la syllabe eïn. M. Freytag a parlé de l’espèce de poème appelé Kan‑oua‑kan. (Voyez son Arabische Verskunst, p. 461) Aucun des auteurs que j’ai consultés n’a fait mention du haufi.
[322] Ce paragraphe manque dans le ma­nuscrit A, dans l’édition de Boulac et dans la traduction turque.
[323] Ce poète se nommait Safi ed‑Dîn Abd el‑Azîz Ibn Seraîa el‑Hilli. Selon Hadji Kha­lifa, il mourut en 750 (1349‑1350 de J. C.).
[324] Littéral. « et de quatre rimes ».
[325] Beîteïn signifie deux vers ; mais, chez les Arabes, le vers (beït) doit se composer de deux hémistiches. Or, dans les mewalîa, les quatre hémistiches riment ensemble, et, pour cette raison, j’ai rendu beiteïn par quatrain.
[326] Je lis ﻒﺭﻌﺗ ﺺﺭﺤﻻﺍ ﻢﺍ ﻮﻨﻣ . Le mot   ne se trouve pas dans les manuscrits.
[327] Il faut lire ﻰﻨﺣﺭﺠ . Le mot ﻰّﻠﺍ  est une altération de ﻯﺬﻠﺍ .
[328] Le texte donné dans la traduction turque offre la leçon ﻥﻴﻌﺗ ﺎﻣﻠ . Les manuscrits C et D portent ﻥﻴﺎﻌﺗ  à la place de ﻥﻴﺎﻌﻴ . Je lis ﻥﻴﺎﻌﺗ ﺎﻣﻠ .
[329] Cette réponse paraît signifier : « J’acquitterai plus tard l’engagement que j’ai pris avec toi. »
[330] On connaît les effets du hachîch ou feuille de chanvre pris en forme de con­serve ou fumé comme du tabac.
[331] Littéral. « aux enfants de l’amour ».
[332] Il faut lire ﺞﺧ , ﺥﺍ et peut-être ﺥﺪ . L’interjection  ﺢﺧﻜ doit être insérée après le mot ﻯﺭﻮﻠﺍ .
[333] Dans l’ensevelissement des morts, on bouche les orifices naturels avec du coton. Ici, le mot coton désigne la moustache blanche.
[334] Je lis ﺖﻗﺒﺴ , avec l’édition de Boulac et la traduction turque.
[335] Il faut lire ﺢﺼﻮ  sans techdîd.
[336] Peut‑être faut‑il traduire « belles filles d’El‑Hakr ».
[337] C’est‑à‑dire de l’Histoire universelle. (Voyez la première partie, Introduction, p. XCVII.)
[338] Les mots placés entre crochets manquent dans les manuscrits C et D et dans l’édition de Boulac.
[339] Le mot ﺔﻨﺴ est de trop ; il ne se trouve pas dans les manuscrits.
[340] Pour ﻥﺍ , lisez ﻻﺍ , avec tous les manuscrits. 

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